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Trois décennies plus tard

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Il semble qu’aucune leçon n’ait été tirée de la crise d’Oka de 1990. Débutant le 11 juillet 1990 et s’étirant pendant une période de 78 jours, l’affrontement opposant les Mohawks au gouvernement québécois et à l’armée canadienne n’était que le début des manifestations autochtones. Bien qu’à cet époque, les Mohawks s’opposaient à un agrandissement d’un terrain de golf et à un projet immobilier touchant leurs terres, aujourd’hui, ces Mohawks s’opposent à un projet de gazoduc. Les Mohawks, ou dans leur langue, les Kanien’kehá:ka, n’ont qu’un objectif en vue. Trois décennies plus tôt ou aujourd’hui, les Mohawks souhaitent simplement la protection de leurs terres. Comme l’a dit si bien le grand chef Simon de Kanesatake, lors d’une conférence à l’Université d’Ottawa, le 4 mars 2020, « nous étions présents avant, nous sommes encore présents aujourd’hui ». Il poursuit en indiquant clairement que sa couleur de peau, son origine ethnique, sa langue, sa culture et sa volonté de protéger ce qui appartient aux Mohawks ne changeront pas. En essayant d’éviter les conséquences de la crise d’Oka, le gouvernement fédéral devra faire particulièrement attention. Tant que ce dernier souhaite une réconciliation entre les peuples autochtones et l’État, le gouvernement Trudeau doit prendre cette opportunité pour tracer ce chemin vers cette réconciliation. Il n’y aura aucune réconciliation sincère tant que les paroles de l’État fédéral ne se seront pas traduites en actions concrètes.

                        Les manifestations des Autochtones, au travers le Canada, doivent être considérées comme des gestes de solidarité. En effet, le projet de gazoduc Coastal GasLink touchait essentiellement la Première Nation des Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique, puisque le tracé du pipeline passait par leur territoire. Les manifestations des huit chefs héréditaires de cette Première Nation ont entraîné l’intervention de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC). Après que la GRC ait procédé à l’arrestation de six personnes et au démantèlement des campements des opposants, la population autochtone canadienne, et plus particulièrement, les Mohawks du Canada, se sont engagés personnellement à défendre les droits de ces peuples autochtones. Pour les Mohawks, une attaque envers la Première Nation des Wet’suwet’en de la Colombie-Britannique est une attaque contre tous les Mohawks du Canada. Afin de perturber le trafic ferroviaire, des barrages ont été installés par des manifestants, à Belleville, en Ontario, puisqu’il s’agit de la voie reliant l’Ouest canadien à l’Est canadien et l’Est du Canada au centre des États-Unis. Ce blocus sur les chemins de fer, un moyen de pression très stratégique de la part des Autochtones, a comme but de mettre fin au projet Coastal GasLink ou, du moins, d’entamer des négociations. Le chef héréditaire de Wet’suwet’en, Warner Naziel, affirme: « nous devons avoir la possibilité de prendre nos propres décisions sur nos terres ». La reconnaissance des terres autochtones et le respect de ces terres de la part de l’État motivent donc les manifestants à lutter contre le projet de pipeline.

                        Le ministre des Transports, Marc Garneau, rappelle l’importance d’entretenir un dialogue avec les manifestants autochtones. Pour leur part, les autorités provinciales souhaitent que l’État fédéral mette un terme à cet affrontement entre ce dernier et les Mohawks afin d’éviter des conséquences néfastes et fâcheuses pour la population canadienne et sa population autochtone. Quant à lui, le promoteur du projet gazoduc désire poursuivre la construction du pipeline sans empêchement. Des injonctions afin d’empêcher la présence de manifestants sur le terrain de construction commencent à être émises en faveur du responsable du projet. Prônant le « dialogue » entre les Autochtones et l’État fédéral, ce dernier devra gérer la situation rapidement, tout en étant très délicat. L’économie canadienne ainsi que les droits des Autochtones sont en jeu. Toute mauvaise manœuvre du gouvernement fédéral ne fera que ressusciter les tensions entre les peuples autochtones et l’État que nous cherchons tant à « réconcilier ». Tout en étant en Allemagne, le premier ministre Trudeau souligne l’importance du droit de manifester des Canadiens, un droit reconnu par la Constitution canadienne. Avec succès, le gouvernement Trudeau a mis fin au blocage ferroviaire près de New Hazelton, en Colombie-Britannique, à l’aide du gouvernement provincial. Une proposition d’arrangement ou une proposition d’accord devra naître de ces discussions entre l’État fédéral et la Colombie-Britannique. Selon le ministre des Transports, une telle approche, c’est-à-dire une approche pacifique guidée par la négociation, pourra mener à la fin des blocus ferroviaires au Québec et en Ontario. Cependant, il est clair que les Mohawks ne baisseront pas les bras. Comme toute personne se protégeant contre tout intru dans sa maison, ces derniers souhaitent protéger les terres leur appartenant ainsi que leurs ressources.

                        Selon le grand chef Simon de Kanesatake, il n’y a qu’une solution à cet affrontement qui ne semble se terminer entre les Autochtones du Canada et l’État. Cette solution est de « tendre la main ». Bien que les manifestants souhaitent protéger leurs terres, ces derniers doivent ouvrir leur esprit à la négociation et, bien que l’État fédéral espère poursuivre son projet de gazoduc, ce dernier devra nécessairement écouter les revendications et les préoccupations des manifestants autochtones. Le maintien de la paix est, à la base, l’objectif ultime des peuples autochtones.

Sarah Ladouceur

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