Quand l’illicite devient éthique et responsable

Seulement une semaine après la légalisation du cannabis, le Canada ressent déjà les contrecoups de cette mise en œuvre de la promesse électorale de notre Premier ministre. Cette décision a bien évidemment soulevé beaucoup de mécontentement auprès de certains, mais il est intéressant de se pencher sur les raisons pour lesquelles le Parlement a décidé d’aller de l’avant avec ce projet.
Au Canada, la valeur de la vente du cannabis sur le marché noir est évaluée à 22 milliards de dollars. On parle ici de vente de produits dont les proportions de Tétrahydrocannabinol (THC) et de cannabidiol (CBD) ne sont pas nécessairement connues et la qualité est peu ou pas contrôlée. Ce marché illicite est d’autant plus mené par des vendeurs et des fournisseurs qui ne connaissent pas nécessairement les produits dont ils disposent et qui se fient souvent sur leur propre expérience pour conseiller les acheteurs. Les consommateurs, autant mineurs qu’adultes, se retrouvent donc limités à une source d’approvisionnement qui fournit des produits de moindre qualité et qui encouragent les effets nocifs de cette substance sur la santé. Étant donné que le caractère illégal de cette vente n’était pas suffisant pour l’empêcher, l’État a plutôt opté pour des mesures qui encadrerait la consommation de cannabis. Avec plus de trois millions de kilogrammes vendus chaque année, une mesure prohibitive n’aurait pas été une solution envisageable.

Depuis le 17 octobre 2018, des points de vente, en ligne ou en succursale, sont ouverts et permettent aux consommateurs de se procurer du cannabis de qualité à des prix concurrentiels au marché noir. En ce qui a trait aux sanctions instaurées face à l’usage de cette substance, les règlementations qui s’appliquent à la cigarette encadrent aussi le cannabis dans les espaces publics. Des sanctions plus lourdes ont été ajoutées pour les vendeurs sur le marché noir qui pourraient être condamnés jusqu’à 14 ans d’emprisonnement pour vendre leurs produits à des mineurs. Au Québec, seuls les individus de 18 ans et plus pourront posséder jusqu’à 150 grammes à la maison, mais la possession de plants de cannabis est interdite, en opposition aux autres provinces.

Dans une perspective à long terme, la monopolisation étatique de la vente permettra d’envisager l’appropriation de 30% de ce marché illicite. En présence de nouvelles mesures restrictives, comme dans ce cas-ci, il faut s’attendre à observer des changements dans les cinq à dix années qui suivent la légalisation. Pourtant, nous pouvons déjà observer des impacts importants sur le Canada en général. Au Québec, la Société québécoise du cannabis (SQDC) possède déjà des boutiques où il est possible de se procurer légalement ces produits. Par contre, après quelques jours seulement, leurs horaires d’ouverture ont dû être réduits à quatre jours par semaine. La popularité des points de vente a entrainé de fortes ruptures de stocks, plus importantes que la SQDC prévoyait. Plusieurs provinces présentent le même problème sur leurs sites de vente légal, où des produits ne sont plus disponibles temporairement. Ceci peut paraître banal à première vue, mais pour les consommateurs de marijuana médicinale, cette pénurie soudaine leur cause préjudice. En effet, plusieurs patients, qui nécessitent ces traitements et qui sont habitués à certains produits, sont inquiets de la baisse des variétés offertes et de la hausse des coûts qui s’annonce. Pour une personne qui paye de 400$ jusqu’à 550$ par mois en traitement, on estime une hausse de 200$ à ces prix sur les sites de fournisseurs.

Des hôpitaux se préparent à une hausse des cas d’empoisonnement chez les enfants en bas âge, des entreprises voient une opportunité de tourisme où des voyageurs seraient attirés par l’opportunité de consommer en toute légalité et le gouvernement entend sauver des sommes d’argent importantes, qui étaient consacrées à l’ouverture de casiers judiciaires pour ceux qui consommaient illégalement. Cette légalisation fait le bonheur des uns et le malheur des autres.
Alors que le projet de loi est déjà adopté, règlementé et mis en application, je suis d’avis que, ce qui est important d’argumenter, n’est pas si la décision prise par le gouvernement était bonne ou non, mais bien, comment allons-nous mettre en place des mesures éducatives pour sensibiliser les mineurs et les majeurs sur les effets de la consommation du cannabis ? Une population éduquée sur une consommation responsable et sécuritaire est un premier pas vers une société où les effets néfastes se feront moins ressentir.

 

Par Daphnée Brais

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