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Quand la fiction rencontre la réalité

Quand je suis entrée dans le programme, ce qui m’a attirée le plus et ce qui pique la curiosité de la majorité de mes amis non-juristes, est – et no offense au droit des biens – sans aucun doute le droit criminel.

Cette branche de droit si humaine et à la fois si inhumaine, qui donne le mal de mer aux cœurs sensibles et qui fascine les esprits insolites comme le mien. Dans les soupers de famille, sans parler de mens rea ou d’actus reus, les tantes sceptiques et les cousins je-sais-tout s’en donnent à cœur joie à exposer leurs opinions sur tel et tel cas. De surcroît, sans avoir pris le cours de preuves et procédures pénales, ils y connaissent tout grâce aux Murdoch Mysteries, mais surtout, grâce aux CSIs de ce monde.

En effet, la série CSI: Crime Scene Investigation a eu un succès monstre dans les années 2000, lors de sa sortie, et a su divertir les téléspectateurs sur plus d’une décennie. Divertir, ça oui, mais saviez-vous qu’au-delà du divertissement, la série CSI a eu une réelle influence autant sur les attentes de la population envers la résolution de crimes, mais aussi, parfois même chez les membres du jury? C’est ce que les chercheurs appellent « The CSI Effect ».

Dans le cas où vous n’avez jamais arrêté votre choix télévisuel sur CSI, pour comprendre ce article, vous devez au moins savoir qu’il s’agit d’une série fictive qui met en lumière les enquêtes de la police scientifique de certaines villes comme New-York ou Miami, ainsi que les nombreuses techniques d’investigation sur les scènes de crime.

En effet, c’est en 60 minutes renfermant trois pauses publicitaires que l’équipe de polices scientifiques saura résoudre tout type de crimes confondus, qu’il s’agisse de fraude, de voie de faits, d’agression sexuelle et même de meurtre. Et c’est en partie là où le bât blesse, notamment concernant les membres du jury.

Comme une équipe de chercheurs de l’Université Oxford le mentionne : « [TRADUCTION] La série CSI change la perception des jurés quant aux preuves scientifiques, de sorte que cela cause un effet très préjudiciable pour la Couronne ». On dit que puisque dans chaque cas traité dans CSI, une enquête médico-légale est toujours conduite, les jurés auront tendance à s’attendre à ce que de telles preuves soient présentées, ce qui est loin d’être représentatif de la réalité et met un poids énorme sur les épaules de la poursuite. Cet effet a eu de telles répercussions que l’étude menée à Oxford mentionne qu’on a assisté aux États-Unis à un nombre ahurissants d’acquittements injustifiés, ce qui a amené certains avocats à changer leurs stratégies en matière de litige lorsqu’ils doivent faire face à un jury. Selon certains avocats, les techniques de contentieux telles que l’interrogatoire des témoins, les pratiques du voire dire et même les instructions au jury ont dû être rectifiées suite à l’effet CSI.

Malgré cela, peu de recherches et d’études reconnaissent véritablement ce phénomène. Toujours selon cette étude, il s’agit davantage de discours anecdotiques présentés par les procureurs de la Couronne qui, étant si fréquents, ont fait de ce phénomène une réalité. Toutefois, pour corroborer ce fait, l’étude prévoit un exemple notable, soit celui du procès de l’acteur Robert Blake, qui, selon eux, s’en est tiré grâce à l’effet CSI. Celui-ci était accusé de l’assassinat de sa femme, et malgré les preuves accablantes de sa culpabilité, le jury a tout de même choisi de l’acquitter…

Alors, comme je le mentionnais plus tôt, il n’y a pas  que les jurés qui sont influencés par l’effet CSI; le public aussi y est affecté, notamment quant à sa perception des preuves médico-légales. Plus précisément, le public touché perçoit une fausse image du poids d’une telle preuve : les téléspectateurs d’une émission comme CSI « étaient plus susceptibles d’avoir des croyances erronées et exagérées concernant les capacités, la valeur et l’infaillibilité des preuves scientifiques ». Non seulement cela, mais on mentionne que le public tend à s’attendre à ce que les crimes soient résolus très rapidement.

À la lumière de cette étude, trouvez-vous cela inquiétant qu’une série télévisée fictive ait autant d’influence sur la justice? Qu’il s’agisse de la pensée du public ou du jury, me dire qu’une émission tirée de la fiction puisse influencer le destin d’un accusé, cela me pousse à réfléchir sur l’influence des médias sur les juges… Pour un autre article peut-être?

Par Alexia Morneau

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