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PAE : un outil sous-estimé de la prévention

Les enjeux reliés à la santé mentale sont de plus en plus préoccupants au sein de notre société et il est de moins en moins tabou d’en parler ouvertement aujourd’hui (Dieu merci!). Ces prises de conscience sur cet enjeu ont évidemment amené beaucoup de progrès et de changements face à notre manière d’interagir avec les autres, d’accepter la différence et l’adversité et de s’y adapter. Malgré ces bases, cette route de progression est encore loin d’être finie et laisse place à d’autres évolutions dans tous les secteurs de la société. Justement, c’est parce que les problématiques reliées à la santé mentale sont présentes dans tous les secteurs de notre société qu’il est encore plus essentiel d’intervenir et d’avoir de bons outils au cœur de l’occupation #1 de tous nos concitoyens : le travail.

À ce sujet, force est de constater que ces prises de conscience sur la santé mentale ont aussi influencé le domaine du travail. Nous pouvons penser à la problématique que soulève le harcèlement psychologique. Quand je pense que ce dernier est reconnu dans la décision Létourneau et l’Aéroport de Montréal de la CLP, en matière de santé et sécurité, comme une lésion professionnelle et en matière de relation de travail, comme un congédiement déguisé notamment dans la décision Larrivée c. J.L. Martel du TAT, je constate que le droit s’intéresse désormais aussi aux faits mentaux. Cela démontre l’intention de la jurisprudence de prendre part aussi à cette prise de conscience dans leur interprétation des diverses lois du travail. Or, tout comme mentionné ci-haut, il reste encore beaucoup de chemin à faire, et ce, pas seulement en matière de harcèlement, mais aussi en matière de prévention. Je suis d’avis que les PAE offrent l’une des solutions les plus intéressantes : ils sont déjà présents et offrent un dénouement gagnant-gagnant.

PAE : Définition et objectifs

Combien d’entre vous travaillez/avez travaillé pour un employeur offrant un Programme d’aide aux employés (PAE) ou êtes/étiez au courant s’il en possède un?

Combien d’entre vous connaissiez même l’existence de ce programme?

La réalité est que peu de personnes connaissent l’existence de cette ressource. Pourtant, elle devrait être une composante importante d’un milieu de travail et non pas un simple détail ou bonus du fait de sa nature et de tout le potentiel qu’elle peut avoir sur un environnement de travail.

En effet, le programme d’aide aux employés (PAE) ou le programme d’aide aux employés et à leur famille (PAEF) est un service de counseling s’adressant aux salariés qui vivent des situations qui, elles, nuisent à leur rendement au travail. Ces situations ne sont pas obligées d’être causées au travail, mais elles ont un impact néfaste sur le travail d’un employé. Ces ressources sont présentes pour aider le travailleur à les surmonter. Ce programme s’adresse aussi à leur famille et est d’une confidentialité absolue.

Les services couverts aident notamment à face à :

  • La violence familiale;
  • Le harcèlement;
  • L’abus de substances;
  • Un milieu de travail stressant;
  • Aux problèmes financiers ou juridiques;
  • Une séparation difficile;
  • Avoir un meilleur équilibre travail-famille;
  • D’autres difficultés personnelles.

La pandémie a, on le sait tous, affecté la santé mentale de plusieurs. Il est aujourd’hui quasiment impossible d’avoir accès à un psychologue au public et difficile d’en trouver un de disponible au privé qui peut gérer une urgence dans un délai raisonnable. Une expansion des PAE est un outil de plus en plus essentiel pour le bien-être de la société et plusieurs employeurs ou autres fournisseurs devraient l’offrir aux employés. Toutefois, cette expansion ne signifie pas seulement d’augmenter le nombre de fournisseurs, mais surtout une meilleure conscientisation. Premièrement, tous les salariés québécois ont le droit de savoir que cela existe et de savoir où les obtenir au moins.  

PAE : mesures proactives en milieu de travail

Quand on parle de prévention, on pense souvent à l’instauration de règlements, d’une meilleure formation ou des équipements adéquats afin de prévenir les enjeux reliés à la santé et sécurité au travail. Ces mesures sont totalement nécessaires. Cependant, il y a aussi un côté de l’enjeu qui nécessite de prévenir à la source et c’est là qu’interviennent les Programmes d’aide aux employés (PAE).

Les PAE ont été instaurés dans le but d’aider les salariés et servent aussi les employeurs grâce à leurs bienfaits améliorant l’efficacité de leur effectif. Mais, leur potentiel s’étend à bien au-delà des principales raisons de leur existence; cela dépend du regard dont on leur porte. À mon avis, les PAE sont des mesures essentiellement proactives permettant d’agir en amont. Un employé peut se rendre par lui-même ou conseiller par un tiers (employeur, syndicat, psychologue, etc.). Donc, les PAE aident à repérer et à prendre en charge les employés vivant des situations pouvant constituer un risque pour la santé et sécurité ou pouvant nuire à la productivité ou au climat de travail.

Lorsqu’un employé arrive au travail traversant un divorce déchirant, cet événement peut affecter sa concentration, son humeur et sa productivité. Un employé, vivant quelconques difficultés personnelles ou professionnelles et pris en charge, sera plus motivé, collaboratif avec ses pairs et productif. De même qu’un employé, ayant accès à un coaching lui permettant d’établir un meilleur équilibre travail-famille, a moins de chances de quitter la compagnie pour trouver quelque chose de mieux.

À plus forte raison, qu’arrive-t-il aux employés venant au travail sous l’effet d’alcool ou de drogues ? Généralement, ils perdent leur emploi ou sinon subissent d’autres mesures disciplinaires. Ces mesures sont légitimement sévères et ont pour but de protéger la santé et sécurité de chacun dissuadant un employé de venir au travail intoxiqué. N’empêche que ce sont des mesures qui viennent en aval, après que l’acte répréhensible de venir au travail intoxiqué se soit produit. Cela étant, il peut déjà être trop tard si cet acte a causé la mort du salarié ou d’un collègue/membre du public.

Cette situation comme plusieurs autres aurait pu être évitée, si nous avions agi en amont par des mesures proactives en prévention. Prioriser les mesures proactives telles les PAE, c’est aussi assurer la santé et sécurité de tous. Un employé vivant cette dépendance malsaine lorsqu’il traverse une période difficile et qui a accès aux PAE directement au sein de son organisation, a plus de chances de chercher de l’aide à ce programme confidentiel et d’être pris en charge avant d’arriver au travail ainsi, particulièrement si son employeur en fait la promotion. De la même manière, un employeur qui a observé des signes permettant de soupçonner qu’un employé vit des moments difficiles ou a un problème de dépendance et le dirige vers les PAE (interne ou externe) est aussi proactif et aide à protéger les dangers que cet employé pourrait être pour lui-même et les autres. Il est évident qu’un employé, qui vit une dépendance à l’alcool ou aux drogues, pris en charge rapidement est un risque de moins pour sa propre santé et sécurité et celles des autres.

C’est pour cela qu’il est important qu’un employeur et tous les autres acteurs au travail (collègues, syndicat, etc.) gardent un œil bien ouvert aux signes avant-coureurs d’une situation mentionnée plus haut pour qu’un employé soit pris en charge le plus rapidement possible. Donc, de faire attention aux changements d’habitudes, aux langages corporels et autres indices qui peuvent démontrer qu’un employé est sous effet d’alcool par exemple ou est en train de passer au travers d’un événement assez préoccupant pour affecter sa concentration, car la question de la santé et sécurité au travail est avant tout de la responsabilité de tous.

Conclusion

Les enjeux de la santé mentale sont souvent la source de plusieurs enjeux tout aussi importants pouvant affecter le milieu de travail de chacun. Pour mettre fin à ces cercles vicieux, il faut qu’en tant que société, le regard qu’on porte sur les ressources étant à notre service soit concordant avec l’évolution que nous désirons suivre.

La mise en valeur des Programmes d’aide aux employés dans le marché du travail faciliterait grandement cet objectif, car ils sont des outils indispensables de prévention en matière de santé et sécurité au travail s’ils sont promus adéquatement. À ce sujet, je suis consciente qu’il est impossible d’atteindre un niveau de risque zéro malgré toutes les mesures qu’un employeur de bonne foi met en place. Cependant, autant les employeurs que les travailleurs doivent tout faire dans leurs agissements pour s’en approcher le plus près possible. Selon moi, il ne peut avoir d’avancées extraordinaires dans ce domaine sans être en mesure d’aller prévenir à la source de la problématique et l’une d’entre elles est la santé mentale.  Pouvoir guérir sa santé mentale n’est pas un luxe, c’est fondamental.

Offrir à ses employés cette ressource d’aide, c’est aussi de faire de la prévention.

Informer les gens de l’existence de cette ressource d’aide, c’est aussi de faire de la prévention.

Si vous êtes salarié et voulez recourir à cette ressource, n’hésitez pas à communiquer avec votre employeur ou syndicat pour savoir s’ils offrent ce programme d’aide au sein de leur organisation. Si ce n’est pas le cas, vous pouvez toujours taper « fournisseurs de programme d’aide aux employés » dans un moteur de recherche et obtenir un rendez-vous avec l’un des fournisseurs.  

BML avocats inc. est un cabinet d’avocats de Gatineau spécialisé en droit du travail depuis 1985 et, depuis 15 ans, il oeuvre aussi en droit civil et de la famille.

4 réponses sur « PAE : un outil sous-estimé de la prévention »

Je suis d’accord avec un programme universel de la santé mentale des travailleuses et des travailleurs. Mais le financement d’un tel programme doit-il être privé ou public ? Le droit à la vie privée des employés -es n’est-il pas en jeu si leur employeur finance un tel prgramme ? Les psychologues et psychiatres sont tellement débordés par le nombre de patients et la complexité des cas qu’ils /elles sollicitent eux-elles mêmes de l’aide psychlogique.
L’idée est géniale mais son application sociale peut briser la liberté/intimité de certains groupes d’individus.

Un article tout indiqué dans un contexte où la SANTÉ MENTALE devient de plus en plus préoccupante dans notre société. Mes questions :
– Ces programmes (PAE) (PAEF), existent-ils obligatoirement dans les milieux de travail ?
– Employeurs et Employés sont-ils sensibilisés à l’existence et aux bienfaits de ces programmes ?

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