L’information, c’est le pouvoir

Texte numéro 4, écrit dans le cadre du concours de rédaction du Flagrant Délit!

« Quand le dernier arbre sera coupé, Le dernier fleuve empoisonné, Le dernier poisson capturé, Ce n’est qu’alors que l’homme découvrira que l’argent ne peut pas se manger. »
– Proverbe Cree (traduction de l’espagnol)

En ce 15 mars 2019, la terre entière s’est mobilisée. Nous avons marché en solidarité avec les étudiants, les jeunes et les alliés de ce mouvement mondial afin de mettre l’enjeu du climat à l’avant-plan. C’est en regardant cet enjeu à travers les yeux d’une étudiante en droit et d’une jeune citoyenne du monde que j’ai réalisé que la protection de notre terre et de notre environnement pourra seulement se faire si nous avons les outils nécessaires pour combattre, pour changer les vieilles habitudes et pour faire face au déni climatique!

L’accès à l’information est l’outil par excellence pour mener ce combat. Un accès stable et sans obstacles à de l’information fiable et neutre est une condition sine qua non au fonctionnement démocratique d’une société. Nous sommes en 2019, à l’ère du « fake news », mais nous répétons sans cesse que les citoyens ont le devoir de se garder informés vis-à-vis tous les sujets importants : la politique, le changement climatique, l’économie, la guerre. Comment peut-on leur imposer cette lourde obligation sans leur donner les outils nécessaires pour l’accomplir?

Le droit à l’information est un droit individuel propre à tout être humain. Je soutiens qu’il devrait nous appartenir naturellement. 

Et si nous ouvrions la porte à la possibilité de considérer le droit à l’information environnementale comme un droit fondamental? Après tout, le droit à l’environnement a été constitutionnalisé en France avec la Charte de l’environnement adoptée en 2004, le Québec ne tardera pas à emboîter le pas… Cette Charte reconnaît qu’ « on ne peut dissocier l’homme de son milieu de vie et des éléments physiques et biologiques qui composent ce milieu. Exiger la protection de l’environnement impose que l’homme se soumette à des obligations envers la nature ce qui n’implique pas pour autant que la nature ait des droits ».

Mis à part l’ajout de dispositions auxquelles nous ne pouvons déroger dans la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, de qualifier le droit à l’information de fondamental forcerait un changement de mentalité et de fonctionnement du gouvernement. L’administration gouvernementale devra octroyer au public l’accès aux informations qu’elle détient, car ils y auront foncièrement droit. Ce changement aura plusieurs effets positifs, certes, mais le plus grand avantage sera la justiciabilité de ce droit. Un droit fondamental n’est rien, si l’on ne peut l’invoquer devant un tribunal. Nous devons détenir le droit de revendiquer l’accès à l’information, même si nous utiliserons ce droit contre des actes sanctionnés par le gouvernement, où même parfois perpétrés par celui-ci.

Le financement de l’exercice de ce droit devra se faire par les fonds publics, puisque c’est un enjeu qui touche réellement à tous, la Charte s’appliquant tant à l’État qu’aux acteurs privés. Ce droit d’avoir un accès directe à toute information fiable et neutre disponible afin de l’utiliser pour le bien commun concerne tous les citoyens. Il est fort probable que ce soit grâce à ce même droit que des citoyens engagés se défendront un jour contre les manoeuvres de certains acteurs pour, finalement, s’assurer que la Terre soit vivable pour les descendants de
ces mêmes personnes qui contribuent à sa perte. Quelle ironie!

Il suffit de se sentir concerné, de sentir que sa propre propriété privée est violée, afin de comprendre la nécessité d’attribuer des fonds publics à l’exercice de ce droit. Nous devons voir le droit à l’information de la même manière que nous voyons le droit à l’accès aux soins de santé : méritant des fonds publics. Nous devons faire des choix de société qui réaffirment fortement les valeurs auxquelles nous souscrivons.

Même en examinant cette question sous un autre angle de celui de l’envirionnement, le droit à l’information reste absolument fondamental. Ensemble, nous formons une société qui reflète nos valeurs collectives. Nous choisissons ceux qui nous représentent, mais sans leur donner carte blanche. Il est impératif que nous soyons engagés, tout en étant informés. L’inverse serait trop dangereux. Le fait est que le droit à l’information ne servirait pas simplement à chaque individu. En faisant le choix d’inclure le droit à l’information dans la liste des droits fondamentaux, nous démontrons que nous faisons des choix de société en fonction de nos espoirs et non pas de nos peurs. Nous renforçons la liberté de tous, en démocratisant le savoir, en se montrant inclusifs et transparents. Tel que le grand Nelson Mandela l’a si bien dit, « Il est difficile d’expliquer à quelqu’un qui a les idées étroites qu’être “éduqué” ne signifie pas seulement savoir lire et écrire et avoir une licence, mais qu’un illettré peut être un électeur bien plus “éduqué” que quelqu’un qui possède des diplômes».

 

Kamy Temisjian

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