L’histoire en un mois

Depuis maintenant vingt-quatre ans, le Canada célèbre avec un certain engouement, le mois de l’histoire des Noirs. En effet, en 1995, le Canada a adopté à l’unanimité une motion initiée par la première canadienne noire à siéger au Parlement fédéral, l’honorable Augustine Jean. Cette motion décrétait le mois de février comme étant le Mois de l’histoire des Noirs, faisant honneur au caractère multiculturel de la société canadienne. L’identité canadienne a été au coeur des discussions dès la fondation du Canada et le gouvernement s’est donné comme mission d’établir une société démocratique où les minorités sont protégées de toute discrimintation.

En 1982, l’arrivée de la Charte canadienne, particulièrement l’article 15, est venu concrétiser les ambitions voulant la création d’une société où tout le monde peut se sentir chez soi. Ce sentiment sous-entend une liberté d’action, une autonomie, une auto-détermination, une participation à la vie sociale et j’en passe.

Un mois, vingt-huit jours, pour parler de madame Corine Sparks qui, en 1987, a été la première femme noire à être nommée juge, suivit, en 1990, du premier homme noir nommé au Sénat, l’honorable Donald Olivier et, en 1993, Augustine Jean citée plus haut. Un mois pour se rappeler de l’activiste Viola Desmond qui a été honorée par la Banque du Canada en 2018, et qui est maintenant, contre toutes traditions, le visage des billets du dix dollars.

On peut s’étendre sur les pionniers dans l’histoire des noirs au Canada, mais l’essentiel est l’analyse de la situation actuelle.

Est-ce qu’en 2019, il est possible de dire : mission accomplie pour le Canada? Est-ce que les canadiens noirs se sentent chez eux, acceptés, valorisés, impliqués ou utiles dans la société? Est-ce que les minorités visibles sont représentées dans les trois branches du gouvernement au Canada? Toutes ces questions ne trouvent pas de réponse universelle, car l’expérience et l’opinion de chaque minorité sont différentes. Il faudrait plutôt se demander si le Canada a pris toutes les mesures possibles et nécessaires pour permettre aux canadiens noirs de prendre leur place et de se sentir chez eux?

Dans toute question de représentativité, il est important d’évaluer la situation sous tous ses angles. Un exemple concret est celui des personnes qui sont portées à dire qu’il manque de diversité dans un domaine précis sans prendre en considération le pourcentage des minorités qui remplit les exigences et qui a soumis sa candidature.

Il est possible de dire que la présence des minorités visibles dans le domaine du droit, de la politique, de l’éducation, de la santé ou dans la fonction publique est plutôt faible. C’est un fait qui ne peut être remis en question. Toutefois, ce qui est encore plus indéniable, est que l’amélioration de cette situation implique la collaboration de chaque canadien, incluant les minorités eux-mêmes.

Il y aura toujours des exceptions, des expériences différentes, des avis différents. Cela dit, il est important de reconnaître l’effort du gouvernement pour prôner le caractère multiculturel de cette société.

Il est possible de vivre le rêve américain au Canada et cela ne veut pas dire que les minorités ne seront jamais victimes de discrimination, de racisme, de préjugés. Cependant, pour chaque mal existe des recours, il n’en tient qu’aux victimes de les utiliser. L’histoire ne s’écrit pas, ne se lit pas, ou ne se vit pas en un seul mois, mais chose certaine, le gouvernement aura réussi sa mission quand il ne sera plus nécessaire d’avoir un mois pour l’histoire des Noirs.

 

Par Ruth Bansoba

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