Les droits bafoués de ces animaux oubliés

Petit descriptif : On s’insurge de la chasse aux phoques. On déplore le braconnage des animaux sauvages. Un autre désastre animalier, peut-être même plus près de nous, est malheureusement souvent oublié. Par nos actions quotidiennes, nous pouvons même y changer facilement quelque chose. Lisez, vous comprendrez. Agissez, vous le pouvez.

J’adore cette photographie. C’est ce que j’avais en tête en commençant l’écriture de cet article. Cette belle plage propre et lisse. C’est ce que tous les vacanciers choyés ont vu lorsqu’ils s’y sont rendus vers 8-9h00 le matin. Cependant, cette photo a été prise un peu avant 7 h. À cette heure, des verres de plastique parsemaient encore l’étendue sablonneuse. À cet hôtel, les pailles de plastique sont interdites, mais quelques dizaines de mètres plus loin, au complexe voisin, elles sont présentes par vingtaines, à moitié enfouies dans le sable, voguant doucement au rythme des vagues. En à peine une heure, j’ai croisé tant de déchets, pas encore ramassés par le personnel ou emportés par la marée, que j’aurais facilement pu remplir un gros sac-poubelle (fait de plastique, oh douce ironie!). Sans oublier tous les verres et autres déchets de plastique qui ont dérivé toute la nuit ou qui ont été emportés plus loin ni ceux qui étaient là bien avant mon passage, commençant déjà à se dégrader, et qui ont peut-être été ingérés par des animaux, qui en ont possiblement malheureusement péri.

Ces derniers, les vraies victimes du plastique, puisqu’ils n’ont rien fait pour se mériter un tel sort, je ne les ai heureusement pas croisés lors de ma balade matinale (quand même, on ne paie pas des centaines de dollars pour aller dans le sud voir des poissons morts, intoxiqués par toutes ces particules de plastique qu’ils ont ingéré par notre faute!). Pourtant, ils sont bien présents. Ce sont plus d’un million cinq cent mille créatures qui meurent à chaque année1. Combien ont déjà vu les images (horribles) de poissons, tortues, oiseaux morts ou agonisants, s’étouffant avec du plastique?

Le plastique, c’est environ 80 % des déchets des océans2, et pas que dans les contrés lointaines. Oui, certains pays sont particulièrement mauvais joueurs. La Chine revient sans cesse dans le discours de ceux qui tentent de se déculpabiliser; on se donne une tape dans le dos en essayant de se convaincre qu’on n’a pas à changer ses habitudes puisque, de toute façon, le Canada n’est pas un si mauvais joueur. Seulement à la lecture de mes premières lignes, certains se sont peut-être justement dit que ça ne les touchait pas. Et pourtant! Il y a quelques jours à peine, le Gouvernement du Canada fermait un forum d’échange où il invitait la population canadienne à se prononcer sur la situation de la pollution de plastique chez nous. Nombre d’études et de constats nous indiquent aussi que, même si nous ne sommes pas « les pires », la situation est tout de même critique dans nos cours d’eau.

Notre « Or bleu ». Le Canada est reconnu pour son eau douce. Mais vous êtes-vous promenés près d’un ruisseau, d’une rivière ou — encore plus flagrant — du fleuve récemment? Je vous défie de trouver un endroit exempt de tout détritus. Même dans des endroits isolés en forêt, je me surprends à ramasser des bouteilles d’eau ou des emballages de barres de type granola flottant à la surface d’étendues d’eau. Assurons-nous d’abord d’être « propres » chez nous avant de pointer du doigt et de balayer le problème sous le tapis, parce que le tas de poussière n’y rentre plus vraiment de toute façon et il serait temps de commencer à passer l’aspirateur sur la partie qu’on peut contrôler. Et même quand toutes les rives, tous les cours d’eau canadiens auront été nettoyés et que nous serons irréprochables, notre tâche ne sera pas finie.

Non, ce ne sera pas fini, parce que ce plastique s’invite aussi dans notre assiette. Et on ne peut pas toujours le voir. La dégradation du plastique produit des microplastiques, qui sont peut-être encore plus effrayants, puisque les poissons s’en nourrissent, parfois même volontairement3. Ce n’est plus un secret, ou cela ne le sera plus après la lecture de ces lignes, que si ce plastique se retrouve dans les poissons et autres créatures consommés par les humains, parfois par effet de chaîne, j’ai le malheur de vous annoncer qu’il se retrouve en ces consommateurs aussi4.Et lorsqu’on y regarde de plus près, on a affaire à un cycle infernal qui ne semble jamais s’arrêter. Déjà, j’entends en écho qu’une petite paille par semaine de moins ne changera rien globalement. Bon, je me permets d’exprimer, respectueusement, mon immense désaccord. Appelez cela de l’idéalisme ou de l’optimisme naïf si vous voulez, mais lorsque des milliers, voire millions, d’individus prennent une action individuelle sans s’arrêter au fait que leur impact personnel est négligeable, c’est là que la véritable magie s’opère. Aussi cliché que cela puisse sonner, l’union fait bel et bien la force.

Mais au-delà de nos déchets personnels, il reste une part à ce problème. Entre autres causes, je retourne à votre assiette et à ce cycle infernal. L’assiette? Oui! Enfin, ceux qui la remplissent. Une autre partie importante, mais cachée, de ce problème est amenée par les industries de la pêche et de l’aquaculture ainsi qu’aux déchets de plastique qu’elles laissent derrière (comme tous les filets échoués que j’ai eu la tristesse de découvrir dans ma promenade de bord de mer précédemment citée). En résumé, le plastique dans nos océans, peu importe qui est à blâmer quant à la source de celui-ci, est un désastre pour les consommateurs et la faune qui y sont exposés et nous pouvons tous faire quelque chose pour changer la situation.

Il y a donc deux façons de faire face à ce problème. Vous pouvez continuer de siroter votre Frappucino dans un gobelet jetable, avec votre paille de plastique tout en mangeant n’importe quel poisson ou fruit de mer sans vous poser de questions. Mon but n’est pas de juger ceux qui choisiront cette option, mais au moins de souligner la paresse inquiétante et le désintérêt face à un enjeu qui concerne chacun d’entre nous que traduit cette attitude… Sinon, vous pouvez poser de petits gestes. Bien sûr, dans un monde idéal, je vous inciterais à cesser de consommer tout produit de la mer afin de leur enlever la pression de la consommation et leur donner la chance de se remettre du désastre plastique (je vous conseille aussi le documentaire The End of the Line de Rupert Murray pour explorer un autre argument très pertinent) et à diminuer votre consommation plastique globale au maximum. Plus facile que cela, il existe tout de même des outils faciles à utiliser. Par exemple, renseignez-vous sur vos poissons et fruits de mer, sur les espèces plus sensibles et contaminées par le plastique et privilégiez la pêche durable, qui respecte l’animal et l’environnement, et les espèces non menacées, qui permettent de s’assurer que l’on donnera aux générations futures des océans en santé : par manque de législation et de balises claires, il est encore difficile de repérer les produits issus de la pêche durable facilement, mais une lecture de l’article « Doit-on se fier aux certifications et aux logos de pêche durable » (2018) d’Andrée Langlois, disponible sur le site de Radio-Canada, pourra vous aider. Il existe également des tasses réutilisables acceptées partout (je sais que vous le savez, il suffit d’y penser, puis certains cafés vous offrent même un rabais sur votre remplissage écoresponsable) et des pailles réutilisables! Certaines sont en métal, d’autres en bambou (mention spéciale à l’entreprise de Gatineau Ola Bamboo qui travaille fort à diminuer les déchets de plastique), mais une chose est certaine : vous trouverez en ces options un remplaçant idéal, à coût tout de même acceptable.

Le problème de la pollution causée par le plastique dans les océans et cours d’eau est bien réel et chacun se doit de poser des gestes simples, même si ce n’est que pour son propre bien-être, puisqu’en fin de compte, des choix éclairés, peu importe les motivations, auront des effets bénéfiques pour tous. Enfin, pour votre fibre juridique qui n’a peut-être pas encore été sollicitée à 100 % dans ce texte, je vous invite à garder en tête que de lutter contre ce problème et la situation inacceptable dans laquelle plusieurs espèces animales sont placées encourage l’atteinte d’objectifs de pactes internationaux pour la protection de l’environnement, comme les principes 2 et 4 de la Déclaration de Stockholm…

Par Camille Péloquin pour l’Association pour la protection des animaux.

 

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