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Le pouvoir des mots

Ces derniers temps, autant aux États-Unis que parmi le reste la communauté internationale, nous avons tous été attristés d’apprendre le décès de l’une des plus grandes juristes de l’époque contemporaine: la juge Ruth Bader Ginsburg. Ce décès nous a rappelé le rôle important des juristes dans le façonnement de l’Histoire et des sociétés. C’est pourquoi je vous propose de revenir aujourd’hui sur le travail de deux juristes d’exception ayant vécu à près de 2000 ans d’écart, mais dont les combats sont encore d’actualité et rappellent aux étudiants en droit et futurs juristes partout sur la planète, moi y compris, l’impact que peut avoir notre travail.

Ruth Bader Ginsburg a commencé sa vie à Brooklyn et, grâce à sa résilience et son intelligence, a gradué de l’école de droit de Columbia à une époque où il était particulièrement difficile pour les femmes d’accéder aux professions du droit. Elle a par la suite, malgré tous les obstacles qui se dressaient devant elle en raison de son sexe, accompli une brillante carrière d’avocate. Elle a notamment servi comme avocate pour de grands débats sur des sujets majeurs concernant l’égalité des sexes. Par la suite, elle a été nommée sous la présidence Clinton comme juge de la cour suprême. C’est sans doute à ce poste, où elle a siégé jusqu’à ses 87 ans, qu’elle a accompli les plus grands exploits. Elle y a défendu jusqu’à son dernier souffle l’égalité des femmes, les droits des homosexuels, l’accès et la protection du droit à l’avortement… pour ne citer que quelques de ses multiples combats. Cette femme intellectuelle, experte de l’art de la plaidoirie, a sans aucun doute été l’une des militantes féministe et progressiste à avoir accompli le plus d’exploits durant sa longue vie. 

Environ 2000 ans avant la naissance de la très connue « RBG » , un autre personnage, avocat durant l’époque de la Rome antique, a marqué l’histoire du droit. Son nom : Cicéron. Connu pour de nombreuses raisons (récits philosophiques, activisme politique…), Cicéron est surtout connu pour avoir, par la seule force de ses mots et de ses discours, affronté l’impossible. Sa notoriété commença lorsque le peuple de Sicile fit appel à lui pour poursuivre l’ancien gouverneur de Sicile, Verrès, sur des charges de corruption. Le procès semblait impossible, pourtant, Cicéron réussit à l’emporter contre toute attente. Plusieurs années plus tard, lorsque Cicéron était au sommet de sa carrière politique, il sauva Rome, par la force de l’un des plus célèbres et magnifique morceau de rhétorique, Les Catilinaires, d’un coup d’état fomenté par le sénateur Catilina. En écrivant cet article, je ne peux penser à un réquisitoire pouvant équivaloir en force aux Catilinaires, sauf peut-être J’accuse, écrit par Émile Zola au 19ème siècle.  

Ces deux juristes que j’énonce aujourd’hui dans mon article ont tous les deux marqué l’Histoire. On se souviendra d’eux et de leurs combats pendant des siècles. Ces deux avocats ont affronté toutes les conventions, ont affronté toutes les difficultés, et sont parvenus à changer à jamais le droit. Aujourd’hui, ces deux juristes peuvent nous servir de modèles. Inspirons-nous du courage et de l’intelligence de Ruth Bader Guinsburg, de ses combats pour les droits des femmes et des minorités, et des profonds changements sociaux qu’elle a insufflés aux États-Unis. Inspirons-nous de Cicéron, qui a redéfini l’art oratoire par la qualité de ses plaidoiries et a défendu le peuple de Sicile face à la corruption. Mais surtout, je crois qu’il est important pour nous, étudiants de droit, de se souvenir que la plaidoirie n’est pas qu’une forme de sophisme. Il ne faut pas oublier le pouvoir que peuvent avoir les mots, la force que peuvent avoir nos futures plaidoiries et l’importance capitale que peuvent avoir nos travaux pour combattre les injustices et fonder des sociétés plus justes. Ceci semble particulièrement important à une époque où tout semble indiquer que nous sombrons, comme l’a dit l’académicien Amin Maalouf, vers « le naufrage des civilisations ».

Qui sait, peut-être que dans l’avenir ce sera l’un ou l’une d’entre nous qui marquera l’Histoire et aidera à résoudre les enjeux de ce siècle?

1 réponse sur « Le pouvoir des mots »

Intéressant Gabriel, 2 extrêmes séparés par 2000 ans, je souhaite que les jeunes comme toi s’engagent de facon éthique et politiques vers des causes qui transcendent les conservatismes de tout poil.

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