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La trivialité de l’avortement

De 1892, date de création du Code criminel canadien (ci-après « Code »), à 1969, l’avortement est considéré comme un acte criminel. De 1969 à 1988, l’avortement est permis, mais à la condition d’avoir l’accord d’un comité sur l’avortement thérapeutique. Depuis 1988, l’avortement n’est plus un crime. L’arrêt Morgentaler de la Cour suprême du Canada déclare en effet l’inconstitutionnalité de l’article criminalisant l’avortement. Finalement, en 1989, l’arrêt bien connu par les étudiants en droit Tremblay c. Daigle, toujours de la Cour suprême du Canada, déclare que le fœtus n’a pas de personnalité juridique et qu’il n’a aucun droit, à moins de naître vivant et viable. Le droit à l’avortement a connu beaucoup de mutations au fil des ans. Cependant, l’angle sous lequel la question est abordée démontre l’intolérance des supporteurs du droit à l’avortement face à l’opinion contraire. Le débat et l’échange d’opinions contraires et souvent controversées est le cœur de notre démocratie, c’est ce qui nous permet d’arriver à des consensus. Parfois les opinions sont aussi concurrentes : des motifs différents qui arrivent à la même conclusion. J’exposerai dans ce texte pourquoi, selon moi, nous avons eu tort de trivialiser la question de l’avortement.

Le droit à l’avortement est un sujet difficile à débattre. Il n’y a pas de point de vue objectif. C’est une question qui sera tranchée par chacun selon son corpus de valeurs personnelles et la hiérarchie de ces valeurs. Pour certains, il s’agit de motifs religieux, d’autres privilégient le droit des femmes de gouverner leur corps, d’autres argumentent que la femme a bien le droit de choisir que faire de son corps, mais qu’elle n’a pas le droit de choisir d’enlever la vie de l’enfant qu’elle porte. C’est en effet à cette dernière opinion que je souscris.

L’on peut se mettre objectivement d’accord que l’avortement n’est pas quelque chose de bien. Aucune femme ne se soumet à un avortement uniquement pour l’expérience, sans raison qui la force à y avoir recours. C’est précisément le caractère « forcé », l’existence d’une raison sous-jacente, une contrainte négative qui force la femme d’avoir recours à l’avortement qui empêche une qualification positive de la question. Pour corollaire, prenons l’exemple d’une opération médicale. Compte tenu des effets négatifs (financiers, physiques et psychologiques) l’on ne s’y soumet pas si on n’est pas obligé par sa situation particulière. Qui de plus est, nous conviendrons que nous ne suggérerions pas à une personne que l’on aime d’avoir recours à l’avortement juste sur un coup de tête, en absence d’une motivation supplémentaire (risque pour la santé de la mère, de l’enfant, questions d’argent, etc.). Est-ce que cela veut dire, pour autant, que l’avortement devrait être criminalisé? Je ne le crois pas. 

La pratique de l’avortement n’a pas cessé lorsqu’elle était criminalisée. Elle ne cessera pas non plus pour l’avenir. Cependant, il nous incombe de protéger la santé et la vie des femmes voulant y recourir, sans pour autant perdre de vue son caractère négatif, dans la majorité des cas. 

Selon une statistique de 2009, environ 120 000 avortements ont eu lieu au Canada durant cette année. Moins de 1% de ces cas étaient liés à l’inceste ou à l’agression sexuelle. Seulement 3% des cas ont été pratiqués en vue de préserver la santé de la mère. Donc, dans environ 96% des cas, l’avortement a été utilisé comme moyen de contraception. Vous en conviendrez que l’avortement ne devrait pas être utilisé d’une telle façon. Il serait souhaitable que l’occurrence de ce cas diminue au maximum. Cependant, criminaliser l’avortement n’aura pas cet effet. Il faut, au contraire, sensibiliser la population aux risques qui y sont liés, car chaque opération médicale, aussi simple soit-elle, comporte son lot d’effets non voulus.

Dans la question qui nous occupe, c’est sa trivialité qui est au cœur du problème. Il ne faut pas prétendre que l’avortement est la solution idéale à un problème évitable. Au contraire, il faut considérer l’avortement comme une pratique néfaste pour la santé psychologique et physique des femmes, mais qui, si utilisée en dernier ressort et dans des conditions adéquates, peut avoir des bienfaits supérieurs aux effets négatifs. 

La pratique malsaine des supporteurs pro-choix de démoniser les gens ne partageant pas leur opinion a contribué à la vulgarisation du sujet. Ce bannissement du point de vue contraire a eu pour effet de présenter les politiciens pro-vie comme ayant des idées tyranniques, voulant enlever le droit aux femmes de prendre des décisions sur leur corps.  Or, ce n’est pas le cas. Si l’on écoute attentivement le point de vue des supporteurs pro-vie, outre ceux militant pour l’interdiction complète de l’avortement et qui ne constituent qu’une minorité, l’on se rend compte qu’ils favorisent un encadrement plus large de la pratique et veulent informer les gens des côtés négatifs de l’avortement, qui dépassent parfois les côtés positifs. Par exemple, des docteurs du domaine témoignent que plusieurs femmes refusent de subir l’opération, une fois que le sujet leur est expliqué en profondeur. Donc, pour commencer, nous pouvons imposer aux praticiens du domaine d’informer leurs patientes des effets négatifs que l’opération pourrait avoir sur elles, ainsi que des autres ressources à leur disposition. Ce serait, pour commencer, un premier pas dans la bonne direction.

En résumé, arrêtons de normaliser l’anormal. L’avortement n’est pas une pratique qu’il faut célébrer. Les femmes qui y ont recours le font à contre-cœur, souvent forcées par les circonstances aggravantes entourant leur grossesse et qui sont hors de leur contrôle. De plus, celles s’étant déjà soumises à l’opération décrivent des effets secondaires psychologiques, tels que le regret profond, des cas plus complexes de dépression ou des effets physiques liés à l’inaptitude d’enfanter pour l’avenir. Il ne faut pas non plus criminaliser l’avortement, car cela ne fera pas disparaître sa pratique. Il est nécessaire d’éduquer les gens sur la procédure et leur présenter tout autant les effets négatifs que les effets positifs. Il faut faire de notre priorité non d’interdire, mais de décourager au maximum le recours à cette pratique. De cette façon, une vie de plus sera épargnée, un enfant de plus prendra sa première respiration et une mère de plus connaîtra les bonheurs de la maternité. 

Par Georgi Germanov

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