La quête du philosophe libéré : la responsabilité extracontractuelle des réseaux sociaux

Texte numéro 2, écrit dans le cadre du concours de rédaction du Flagrant Délit!

Dans cette ère moderne, l’expression anglaise « fake news » (informations fallacieuses) fait rage des deux côtés de la sphère politique, en Amérique et ailleurs à travers le monde. Celui-ci est un problème de responsabilité des réseaux sociaux face aux institutions démocratiques, selon plusieurs. En effet, il est possible de discerner des liens entre ce niveau de responsabilité (faible/moyen/élevé) et la perception du peuple concernant les institutions démocratiques, en utilisant l’allégorie de la caverne de Platon comme illustration à l’appui.

Tout d’abord, il serait désirable de faire un résumé de l’allégorie pour faire en sorte que l’exemple ait l’effet souhaité. En ce qui nous concerne, seulement la première moitié de l’allégorie est importante. Des prisonniers se trouvent dans une caverne, faisant face à un mur; sur ce mur se projette une lumière provenant d’un feu qui se situe à l’arrière de ces prisonniers. Entre les prisonniers, des marionnettistes font passer des objets qui obstruent la lumière du feu; en se faisant, les prisonniers se font offrir une version altérée de la réalité, n’ayant jamais vu d’autre chose que les ombres sur le mur.

À un niveau très faible de responsabilité, Platon dirait que les marionnettistes couvrent l’entièreté de la lumière provenant du feu. L’exemple classique et radical est la Corée du Nord, où le niveau de responsabilité des réseaux sociaux est quasi nul. Il n’est pas étonnant d’apprendre que la majorité, voir la totalité des réseaux sociaux en Corée du Nord est contrôlée par l’État; l’État est contrôlé par le dictateur Kim Jong-Un. Ce dernier a gagné un autre mandat de 5 ans durant les élections du 10 mars dernier; exploit relativement facile lorsque les bulletins de vote n’ont qu’une option de candidat (BBC News, 2019). En effet, l’organisme « Freedom House » est venu à la conclusion que les médias nationaux de la Corée du Nord servent de porte-parole à la propagande du régime, expliquant donc le consensus international suivant : la responsabilité inexistante des réseaux sociaux en Corée du Nord envers ses institutions « démocratiques » rend ses élections des simulations d’élections légitimes.

Prenons maintenant un pays qui a un niveau moyen (ou discutable) de responsabilité lorsque les réseaux sociaux sont concernés, où l’ombre du feu n’est que peu altérée par les marionnettistes. Durant les élections présidentielles américaines de 2016, plusieurs attentats de cyber-interférence ont fait leur apparition dans le système électoral du pays. Le réseau social « Facebook » fût l’acteur le plus mentionné dans l’investigation à ce sujet; selon « The New-York Times », plusieurs publicités ayant pour but d’attaquer l’image de la candidate démocrate dans la course ont été retracés à ce site, provenant de la Russie. Cette faille dans la responsabilité des médias a fait en sorte que 79% ne croient plus ce qu’ils lisent sur « Facebook » aujourd’hui, selon une étude faite par « NPR ». L’effet sera ressenti lors des élections du Sénat et de la chambre des députés de 2018, avec 22% des Américains qui ont dit ne pas croire dans l’intégrité des institutions démocratiques du pays. Il n’y a pas de doute : le manque de responsabilité des réseaux sociaux a eu un impact majeur sur les institutions démocratiques américaines après les élections de 2016.

Dans un monde idéal, les marionnettistes dans l’allégorie de Platon ne se trouveraient pas entre la lumière du feu et l’ombre projetée sur le mur de la caverne. Bien qu’un exemple absolument parfait n’existe pas, l’Islande a un niveau élevé de liberté et de transparence sur les réseaux sociaux; en effet, 98% de l’internet est disponible à ses citoyens et des mesures ont été mises en place pour protéger cette liberté sur l’internet, selon « Freedom House ». Ce taux élevé de responsabilité permet aux citoyens d’avoir un portrait plus complet de la situation politique du pays et augmente la confiance en ses institutions démocratiques.

Pour terminer, nous pouvons voir que les réseaux sociaux peuvent altérer la vérité en ce qui attrait aux institutions politiques; que ce soit à un niveau extrême comme la Corée du Nord ou à des niveaux inférieurs à celui-ci, comme les États-Unis ou l’Islande. Il faut par contre retenir la deuxième partie de l’allégorie de la caverne de Platon; un des prisonniers se libère et explore la vie en dehors de la caverne, sans marionnettistes. Ce philosophe libéré a la quête très importante de reporter la vérité absolue à ses camarades dans la caverne, qui n’ont qu’une version altérée de la vérité. Ceci devrait être la mission des réseaux sociaux d’aujourd’hui : avoir un niveau élevé de responsabilité et ne présenter que la vérité absolue aux citoyens.

 

Nickolas Eburne

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