La productivité au temps de la Covid-19

Nous sommes jeudi matin. Je me lève. J’ai l’habitude de faire des lectures en prenant mon café le matin, en prévision des trois cours de suite que je suivrai cet après-midi. Mais en ce matin d’isolement, je n’y arrive pas. Je suis plus fatiguée que d’habitude (soyons honnêtes, la fatigue n’est pas un sentiment étranger aux étudiants en droit). Je suis stressée et inquiète.

La situation concernant la pandémie de la COVID-19 évolue constamment et je ressens un besoin pressant d’être au courant des dernières nouvelles. La perte de contrôle me hante. Franchement, il m’a fallu quelques jours afin de réévaluer la situation. Fin abrupte des cours magistraux. Confusion. Restant de la session et évaluations de fin de session en ligne. Fin de la Licence en droit. Déjà ?

Certes, l’activité physique et la distraction aident beaucoup quant à la gestion de notre stress durant ces moments de crise. Mais s’il vous est difficile de voir le positif des choses, je suggère une observation collective des mouvements de solidarité qui apparaissent autour du monde.

Je parle des italiens qui chantent en cœurs, chacun sur son propre balcon – seuls mais ensemble. Je parle des suisses qui applaudissent tous ensemble le personnel hospitalier pour exprimer leur gratitude. Certains propriétaires de petites entreprises à Ottawa qui, en prévision de leur fermeture, donnent l’entièreté de leur stock à une Banque alimentaire. Les amis qui s’entraident. Les collègues qui continuent à organiser leur 5 à 7, chacun chez soi, via une plateforme de communication vidéo.

Il y a une certaine beauté dans la tempête qui nous entoure, et il faut reconnaître les avantages de prendre une pause (même si forcée) du monde. Bien sûr, tout en étant reconnaissant de l’effort mis par les personnes qui sont en première ligne de cette crise et qui n’ont pas le luxe de pouvoir rester chez eux.

Nous vivons aujourd’hui, confinés chez nous, avec un sentiment de solitude, mais nous ne sommes pas dans le vide ! En ces jours particuliers, nous sommes ramenés à l’essentiel. Nous avons devant nous des semaines, peut-être des mois pour réfléchir à ce qui compte vraiment, à ce qui nous rend heureux. En tant que juristes, nous pouvons apprendre à partir de cette expérience. Par exemple de travailler autrement, d’être plus flexible. Nous apprenons à tolérer le flou. Le vague. Accepter qu’on ait moins de contrôle cette fois-ci. Il faut croire qu’à chaque fois qu’un professeur nous répondait « ça dépend », il nous préparait à vivre ce moment d’incertitude…

Nous sommes invités à tester et à améliorer notre capacité d’adaptation et de souplesse. Parce que c’est ça la vie. Peut-être qu’après cette expérience, la définition du succès sera différente pour certains, et que la notion de productivité sera redéfinie autrement pour certains autres.

Malgré cette idée que l’isolement social rime avec l’augmentation de productivité (ce qui est faux, d’ailleurs – j’en suis la preuve), il est important de se rappeler que nous traversons tous une période de changements rapides. Le manque de concentration est inévitable pour ceux d’entre nous qui sommes plus anxieux ou qui ne sommes pas encore habitués à la solitude. C’est drôle comme la solitude est plus difficile à accepter lorsqu’elle nous est forcée…

Éventuellement, nous retrouverons tous de nouvelles habitudes. Cette crise changera sans doute notre perspective sur la vie, la sécurité, la solidarité et notre conception des relations humaines. Entre temps, soyons plus gentils avec nous-mêmes et avec l’autre.

En fait, la distanciation sociale n’est réellement qu’une distanciation physique et une solidarité sociale.

Par Kami Temisjian

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