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Influence, pouvoir et fascination

Depuis un certain temps, – et je ne sais pas si c’est dû au temps gris, au manque de sommeil ou tout autre facteur de ce genre – il est juste de constater qu’une montée de curiosité envers un certain sujet afflue.

Me voyez-vous venir quand je mentionne « un certain sujet »? Je ne parle certainement pas de la pollinisation, quoiqu’elle soit essentielle pour notre survie. J’ai plutôt, depuis la sortie de Conversations with a Killer : The Ted Bundy Tapes sur Netflix, remarqué un engouement, ou devrais-je dire, une fascination pour les tueurs en série.

Pas moins fascinée que les autres, j’ai décidé de me plonger dans l’univers de ces vilains au travers de livres, de séries, d’articles et de documentaires. Après en avoir épluché quelques-uns, j’ai récemment raffiné ma recherche en explorant davantage le cas de Charles Manson. Malgré que ses crimes les plus célèbres aient été commis il y a plus de 30 ans, soit entre les années 60 et 70, ce nom ne sonne probablement pas étranger à vos oreilles.

Alors donc, sans en faire une biographie, j’ai creusé dans les archives pour en connaître plus sur le personnage. Laissez-moi vous mettre en contexte avant d’entrer dans le vif du sujet.

Manson est né d’une mère prostituée, en 1934. Vous devinerez que sa naissance était loin d’être désirée. On raconte même qu’à un certain moment, sa mère a tenté de le laisser à une serveuse en échange d’un pichet de bière. Celui-ci a donc grandi aux mains de proches, où il vécut différents cocktails de violence et d’abus. Lorsqu’il put se sortir de cette situation, on raconte qu’il commit quelques méfaits, notamment des vols. Ainsi, il purgea quelques années de prison.

Une fois libéré, il fonda une secte, connue sous le nom de « The Manson family ». Celle-ci, avec une certaine évolution, s’est avérée être un des cultes les plus dangereux et meurtrier de l’histoire des États-Unis, ayant commis neuf meurtres.

Dans cette liste de victimes, on y compte notamment l’actrice Sharon Tate qui, au moment de son assassinat, était enceinte de huit mois du réalisateur Roman Polanski.  S’y trouve aussi Abigail Folger, héritière de la fortune des cafés Folger.

La famille Manson, en un seul été, compte effectivement deux entrées par effractions et 169 coups de couteau pour neuf victimes.

On dit que Manson n’a jamais lui-même, directement mis fin à la vie d’un individu : ce sont ses fidèles qui se sont salis les mains, par soif d’admiration et de dépendance pour cet homme sous le charme de qui ils sont tombés. On raconte aussi que si les adeptes n’avaient pas croisés le chemin de ce gourou, il y a de très fortes chances qu’ils n’auraient pas causé ces crimes, puisqu’aucun d’eux n’était prédisposé à commettre de tels actes.

Une question a donc surgi dans mon esprit, et c’est probablement la même que vous vous posez : comment? Comment passer d’humain à monstre en si peu de temps? Cette métamorphose est-elle un cas d’exception, arrive-t-elle au hasard ou frappe-t-elle un certain type de personnalité? Voici la réponse à ces questions :

Le psychologue et psychothérapeute belge Jean-Claude Maes différencie les profils de personnes étant plus propices à devenir adepte en différentes catégories. La première est celle du vide émotionnel. En effet. Dr. Maes estime que dans certains cas, le fait de croire en ces idéologies peut combler un vide émotionnel, voire même remplacer les émotions des disciples. Tel que mentionné dans son ouvrage Emprise et manipulation, les personnes qui portent le chapeau de disciple ont souvent vécu, avant leur entrée dans la secte, un événement ayant laissé un vide dans leur vie, que ce soit un vide émotionnel, religieux ou même social. Alors, faire partie d’une communauté sectaire apporte des aspects qui viennent combler ces manques, ces abysses si profondes que la société n’arrive pas à combler.

Parce qu’effectivement, au sujet de la société, il est clair que certains disciples ont de la difficulté à gérer le cadre démocratique qu’apporte celle-ci. Comme prévu par le Dr. Maes : « Un certain nombre d’adeptes pourraient avoir voulu compenser dans une secte leur difficulté à gérer le modèle démocratique au quotidien. En tant que thérapeute, nous avons très souvent l’occasion de constater que les conflits semblent plus faciles à gérer dans une relation inégalitaire que dans une relation égalitaire. » La gestion de problèmes,  une fois de plus, se trouve à l’avant plan du portrait d’adepte.

Dira-t-on alors qu’une considérable partie du problème constitue la façon dont l’adepte, avant son entrée en secte, a géré sa capacité émotionnelle? Néanmoins, des facteurs extérieurs à la personnalité de chaque individu peuvent y jouer un rôle significatif. Toujours selon Jean-Claude Maes et comme vous l’aurez sûrement deviné, un des facteurs extérieur des plus déterminants est la famille.

La famille, chez certains adeptes, est une grande source d’angoisse. Lorsqu’une personne réceptive à l’angoisse des autres vit, par exemple, avec une mère angoissée ou un conjoint angoissé, celle-ci agit en miroir. Le reflet d’un proche faisant de l’angoisse devient sa propre angoisse, ce qui crée une situation conflictuelle parfois incontrôlable. Selon l’adepte touché par cet effet miroir, rares sont les personnes qui arrivent à établir un climat favorable à ce que cette situation se règle et seule la secte parvient à leur offrir ce réconfort.

Mais évidemment, qui est en mesure de combler ces gouffres désertiques et angoissants? Quelle personnalité et quelles caractéristiques ont en commun les gourous?

Dans le cas de Manson, les spécialistes parlent d’une personnalité narcissique de haut niveau, frappé par l’illusion et par la psychopathie. Cependant, c’est l’aspect du narcissisme qui revient le plus souvent chez les gourous : c’est cette pulsion d’emprise et de domination perverse qui est souvent la source des agissements de ceux-ci. Comme le suggère le Dr. Maes, les personnes touchées par la perversion narcissique ne sont pas capables d’amour véritable, soit d’être dépendent de l’autre. Pour cette raison, ils optent davantage pour l’aliénation de l’autre, qu’il croit faible: « Ils préfèrent donc le sentiment de puissance que donne le pouvoir ». C’est d’ailleurs dans un climat de séduction narcissique que les gourous charmeront les adeptes, et useront de cette séduction pour agir en clivage et désemparer les disciples.

Alors donc, qu’on se rende aux États-Unis pour aborder le sujet de Charles Manson ou sans même traverser la frontière, qu’il s’agisse d’une histoire comme celle de Roch Moïse Thériault, les histoires tordues de communautés sectaires sont abondantes. Il est donc intéressant, toujours sans jugement, de connaître le pourquoi du comment ces groupes tiennent bon. Ainsi, j’espère que cet article vous a permis à tout le moins, d’introduire le sujet si vaste qu’est Charles Manson et la psychologie des adeptes vs gourous.

Par Alexia Morneau

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