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Première édition (2021-2022)

Faire face à l’histoire et construire des ponts sociaux

Chers lecteurs et lectrices,

Cela fait déjà quelques jours que l’année scolaire a débuté et nous pouvons déjà sentir une nouvelle vague ère qui s’abat sur Fauteux. Une phase hybride qui nous permet de revenir dans sa communauté, de se connaître en vrai pour la toute première fois ou de se retrouver et d’en espérer le mieux pour l’avenir. Une phase hybride qui nous donne l’opportunité de détruire quelques murs virtuels et de créer des ponts amicaux avec nos confrères.  Un vent de fraîcheur qui nous fait du bien après l’année scolaire tumultueuse que nous avons vécue.

Le Flagrant Délit n’en est pas épargné. C’est avec beaucoup d’enthousiasme et d’optimiste que nous amorçons officiellement, en ce dernier dimanche de septembre, notre retour parmi vous. Nous avons d’autres idées et projets, mais toujours suivant le même objectif : vous offrir un journal de qualité. C’est avec fierté qu’encore cette année, nous continuerons à collaborer avec vous, chers étudiants, qui faites partie de notre ADN. C’est aussi dans l’identité du journal de vouloir collaborer avec plusieurs autres acteurs tant au sein de notre faculté qu’en dehors afin de vous donner accès à du contenu divers et engagé vous ouvrant la porte au monde juridique d’aujourd’hui et de demain.

Quel est votre monde idéal? Dans quel monde voulez-vous grandir plus tard? Au Flagrant Délit, nous ne cherchons pas à vous imposer une réponse. Nous aspirons à vous donner une plateforme pour faire valoir, VOS idées et opinions sur le monde qui nous entoure, un monde en constante évolution. Il y a bien des domaines du droit qui doivent encore être améliorés. Profitez de votre séjour ici pour y réfléchir et vous impliquer; c’est votre journal!

L’été 2021 :  un bilan s’impose

Plusieurs événements majeurs se sont passés depuis notre dernière édition. Que ce soit (notamment) en Afghanistan, en Algérie, en Haïti, au Liban, en Grèce, en Turquie aucun de ces événements ne nous a laissés indifférents. Chers peuples afghan, algérien, haïtien, libanais, grecs, turc et tous les peuples du monde ayant subi ces traumatismes, nous sommes tous avec vous.

Quand je vois tout ce qui se passe ailleurs, je suis inquiète. Où va le monde? Mais, je suis aussi inquiète sur ce qui se passe au sein de notre propre pays. Où va le Canada? Quand les projets de pipelines sont encore sur la table politique alors que des feux de forêt ravagent et anéantissent les villes de la Colombie-Britannique, je me pose cette question.

Quand je vois ce qui se passe ici, je suis aussi indignée. Nous avons découvert plus de 5000 enfants décédés dans les pensionnats. Ils sont morts tout simplement parce qu’ils étaient autochtones. Plusieurs autres enfants non autochtones de cette même période ont pu grandir, devenir avocats, médecins, politiciens. Nous-mêmes, qui étions autrefois que des enfants, sommes ici aujourd’hui dans cette faculté caressant le rêve de devenir des juristes.  Ces milliers d’enfants découverts et les autres pas encore découverts/dévoilés n’ont même pas pu se rendre à l’adolescence tout simplement parce qu’ils étaient autochtones. Cela met beaucoup de choses en perspective et j’avais espoir que ces découvertes allaient réellement faire changer les choses et à forcer le gouvernement à agir.  

La place publique (les acteurs politiques et les médias) en a parlé une semaine et par la suite silence radio comme si ce n’était qu’un fait divers du moins au Québec. Nous sortons d’une campagne électorale et ces découvertes et toute la cause autochtone ont à peine été effleurées durant la campagne. Ce silence est honteux et constitue un réel danger pour nos valeurs humaines et pour une véritable réconciliation. Un pays comme le Canada, un État de droit, qui passe sous silence des événements allant même à l’encontre des valeurs que nous défendons et qu’il en soit normal pour nos médias et citoyens, cela soulève beaucoup de questions de société.

Certes, il s’agit d’une situation très délicate. On ne veut pas s’approprier une cause et encore moins offenser les Premières Nations. Mais, si par cette peur, nous ne réagissons pas et que nous continuons à tenter de cacher l’éléphant dans la pièce, les choses ne vont jamais avancer.

Je n’arrive pas croire qu’en 2021, le Canada n’est toujours pas capable d’appeler un chat, un chat et de reconnaître les faits. Des faits qui tendent de plus en plus vers un génocide ; le Canada se protégeant encore sous la barrière pénale de l’intention. C’est une contrainte juridique du droit international pénal qui les avantage, mais qui n’avantage aucunement le chemin vers une vraie réconciliation. Nous savons tous que le premier pas vers une vraie réconciliation, c’est la reconnaissance. 

Une réflexion juridique à avoir?

Je ne suis pas de ceux qui croient qu’on devrait généraliser le génocide non intentionnel. Je crois qu’il est fondamental, pour préserver l’esprit des valeurs de l’humanité, de protéger le génocide intentionnel comme règle puisqu’il s’agit du crime le plus grave et que c’est cet élément d’intention qui le distingue du crime contre l’humanité. Toutefois, comme toute règle de droit a ses exceptions, il peut y avoir des situations qui sont plus graves qu’un crime contre l’humanité, mais qui n’ont pas de signes clairs et directs d’un élément intentionnel. Selon moi, un aveuglément volontaire ou une négligence fait(e) pendant des décennies est similaire à la volonté de détruire une culture, une identité et/ou un peuple et il devrait avoir débat. C’est quelque chose qu’on doit regarder non pas toujours dans son ensemble, mais aussi au cas par cas, mais encore, ce n’est que mon opinion.  

Conclusion

Cette année, plusieurs débats et sujets risquent d’avoir lieu au Flagrant Délit. Il m’a été très cher que la première voix de cette année scolaire soit celle de la cause des peuples autochtones. Chacune de ces milliers voix perdues et chacune des autres que nous n’avons pas encore découvertes mérite d’être entendue. Leur histoire qui est aussi la nôtre (l’histoire du Canada) mérite d’être reconnue. Je peux espérer avec plein d’optimiste qu’avec notre nouvelle génération que cette réconciliation est toujours possible. J’ai confiance en notre capacité de construire des ponts humains avec d’autres êtres humains qui ont déjà trop souffert des séquelles du passé parce qu’ils étaient différents de la majorité.

Avec tous les événements majeurs qu’a connus l’humanité, leur histoire nous montre encore jusqu’où cette peur de l’autre chez l’homme peut l’amener à faire. Ces enfants ne sont plus là pour en témoigner, mais chacune de leur voix raisonnera toujours parmi nous. Ne les oublions pas. Notre faculté aspire à faire de nous « des juristes solidaires qui transformeront les communautés dans lesquelles [nous] serons appelé.es à intervenir » pour reprendre les mots de notre doyenne. C’est à nous d’honorer leur mémoire et à faire les premiers pas vers une réelle réconciliation si ceux en place aujourd’hui ne les font pas. Nous savons à ce jour que l’ouverture à l’autre est notre seul espoir pour un avenir meilleur.

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