Un café avec le vétéran vert, M. Claude Bertrand

En soirée du 2 octobre 2019, cinq candidats de l’élection fédérale provenant de la circonscription du Pontiac dans la ville de Gatineau se rencontrèrent pour offrir un débat à leurs constituants au British Pub à Aylmer.  Plusieurs thèmes furent élaborés, entre autres, les changements climatiques, l’économie de la classe moyenne et des régions rurales et l’immigration.

Le candidat du parti Vert Claude Bertrand, que je ne connaissais point avant le débat, m’a tellement impressionné par sa performance, ses idées et son éloquence que j’ai voulu en apprendre davantage sur l’homme. Je suis donc entré en contact avec celui-ci, dans l’espoir d’obtenir de lui une entrevue pour le Flagrant Délit.

Cette entrevue prit place le matin du 10 octobre 2019. Voici ce qui en est sorti :

 

Bonjour M. Bertrand! Tout d’abord, merci d’avoir accepté l’invitation du Flagrant Délit. Dans un premier temps, parlez-nous un peu de vous. Je crois avoir lu sur le site web du parti Vert que vous avez étudié à McGill pendant un certain temps avant d’interrompre vos études pour voyager en Europe et en Israël. Avez-vous toujours eu cet esprit du voyage?

 

Oui. Je suis né à Ottawa, mais j’ai été élevé au Lac Saint-Jean. Le Lac Saint-Jean est environ 98% francophone, ainsi à l’âge de 17 ans je ne parlais pas encore l’anglais. Je voulais apprendre l’anglais parce que je savais que ça allait être utile, donc je suis allé à Calgary pendant un été, suite de quoi je me suis inscrit au Cegep John Abbott à Montréal en sciences pures. Ensuite, un an avant de graduer de l’université McGill, j’ai décidé de partir en voyage au pouce, tout d’abord à New-York, pour ensuite m’envoler vers l’Europe, et finalement Israël. Dans le temps, Israël avait un programme qui permettait aux touristes de faire du bénévolat sur des fermes/vergers/etc. en échange d’hébergement et de nourriture.

 

Environ seize ans après l’université, vous avez changé de carrière pour poursuivre un poste de pilote dans les Forces armées canadiennes. Qu’est-ce qui vous a poussé à joindre les Forces?

 

J’avais toujours eu le désir de devenir pilote professionnel quand j’étais jeune. Après un divorce et la vente de ma maison, je me suis dit que les étoiles s’alignaient pour quelque chose de nouveau. La sélection se faisait en plusieurs étapes, et si l’on ne passait pas la première étape, on était renvoyé chez soi; j’ai passé la première étape. La deuxième étape se faisait à Portages-des-Prairies, soit à 25 heures de vol dans un petit avion à moteur, où on était laissé à soi-même pour essayer de découvrir le système. Après avoir passé cette étape, on était envoyé dans une destination différente où il fallait apprendre à piloter des jets. Nous n’avions que 95 heures à notre disposition pour apprendre la base du pilotage militaire. Ce n’est qu’après ces trois étapes que l’on pouvait voler de nos propres ailes.

 

Vous avez commencé à piloter pour les Forces armées en 2007, effectuant plus de 75 missions en Afghanistan (438ième Escadron) et en Allemagne (opération OTAN) avant de revenir au Canada et prendre votre retraite en 2016. Comment ces dix années ont-elles changé votre vie? Qu’en retirez-vous?

 

Eh bien je suis resté en Afghanistan 9 mois avant de revenir au Canada pour travailler de 2010 à 2012. En 2012 on m’a offert la mission en Allemagne, et puis je suis allé travailler pour l’OTAN pendant trois ans. J’étais établi dans un magnifique endroit proche de la Hollande et c’était pour moi la cerise sur le gâteau . J’ai pu voyager partout en Europe avec ma Westfalia et mes filles ont pu venir me visiter. Pour ce qui est de l’OTAN, j’étais ce qu’on appelle un « Personnel Recovery Planer »; je planifiais donc des missions de rescousse lorsqu’un pilote s’écrasait. Quand je suis revenu de l’Allemagne en 2015, on m’a assigné ici à Ottawa au quartier général de la Défense, mais presqu’un an plus tard, j’ai réalisé que j’avais perdu la flamme pour ce type d’emploi. J’ai donc décidé de prendre ma retraite à 59 ans, après 19 ans avec les Forces. C’était une expérience unique et irremplaçable. Certaines personnes sont aisément douées à ce métier, mais pour moi c’était un défi, et j’ai mis beaucoup d’efforts dans tout ce que j’ai accompli.

 

Pourquoi se lancer en politique après tant d’années avec les Forces, surtout maintenant que vous êtes à la retraite?

 

J’aurais été content de poursuivre ma vie à la retraite. Avant les élections fédérales de 2015, Justin Trudeau avait fait la promesse de faire une réforme électorale et de modifier le système uninominal à un tour (ou « first past the post ») en place. C’est ainsi que j’ai voté pour lui. Ce système, lequel est utilisé aux États-Unis, ne donnerait que deux choix aux électeurs, soient les partis traditionnels: parti libéral et parti conservateur au Canada seraient l’équivalent des Démocrates et Républicains aux États Unis. Ainsi, tout autre parti tiers serait accusé de voler des votes aux partis traditionnels. Essentiellement, c’est un système qui élimine les petits partis. Toutefois, lorsque Justin Trudeau n’a pas délivré cette promesse, j’ai pris la décision de me lancer dans la course avec le parti vert.

 

Quel système(s) serai(en)t donc plus désiré(s)?

 

Il y en a plusieurs. Le terme qu’on utilise le plus souvent est « représentation proportionnelle » – ça veut dire que si un parti a 1 million de votes sur un total de 20 millions, alors ce parti devrait avoir 1/20ième des sièges à la Chambre des Communes. Évidemment, on n’appliquerait pas ce système jusqu’au parti rhinocéros par contre. On mettrait une ligne de base, un montant minimum de votes qu’un parti devrait avoir afin d’être représenté dans la Chambre. Le parti vert mettrait en place un comité multi-partis, lequel consulterait les canadiens et les canadiennes afin de trouver une solution.

 

Parlez-nous maintenant de la plateforme électorale de votre parti pour les élections de 2019. Plusieurs personnes voient le parti Vert comme étant le plus à gauche. Votre parti veut imposer une taxe de 1% aux Canadiens faisant plus de 20 millions de dollars par année, ce qui est une idée que la candidate progressiste Elizabeth Warren recommande aussi dans sa campagne pour la présidence des États-Unis. Comment ceci ne fait-il pas de vous un parti de gauche, mais bien un parti du centre, comme votre slogan le suggère? (« Ni à droite, ni à gauche. Vers l’avant ensemble! »)

 

Il y a un écart grandissant au Canada mais aussi partout au monde – les employés de grandes entreprises font le salaire minimum, tandis que les PDG font des salaires exorbitants. Un exemple américain de ce phénomène est Amazon, qui est entrain de réduire les bénéfices de ses employés les moins payés, et le PDG d’Amazon est un des hommes les plus riches au monde. Ce n’est pas radical de dire qu’il faudrait taxer les riches. Une taxe sur les riches ne veut pas dire que les riches ne seront plus riches, mais  simplement qu’ils se doivent de payer leur part. En effet, ceux-ci bénéficient constamment du travail de leurs employés, des gens qui gagnent beaucoup moins qu’eux

 

L’attaque stéréotype contre le parti Vert est que ses plans sont irréalistes; vous prévoyez dépenser 74 milliards de dollars durant votre première année de mandat, et garder des dépenses de cette envergure jusqu’à la fin du mandat. Par contre, vous dites être en mesure de balancer le budget fédéral en 2024. Comment allez-vous accomplir ce but?

 

Oui, on prévoit des dépenses de cette envergure, mais on prévoit aussi couper dans plusieurs domaines. Il y aura cinq nouvelles sources de revenus majeures: une coupe de subventions d’environ 3 milliards pour les compagnies pétrolières, une coupe de 12 à 13 milliards pour les oléoducs, une augmentation d’impôts pour les entreprises de 15% à 21%, une taxation des plus riches tel que mentionnée plus tôt, et finalement,  on va exiger à Revenu Canada d’aller chercher l’argent dans les paradis fiscaux.

 

Parlez-nous du plan Vert pour les étudiants. Le Flagrant Délit est le journal étudiant pour les étudiants de l’Université d’Ottawa. Que fera votre parti pour ces étudiants?

 

Pour les étudiants on prévoit la gratuité scolaire post-secondaire et d’effacer les dettes scolaires. Il y a une raison simple pour ça : l’éducation est un investissement dans la population d’un pays. Pourquoi empêcher l’éducation universitaire à quelqu’un qui veut se spécialiser dans un domaine X pour des raisons économiques?

 

Merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions M.Bertrand! En finissant, une question plus personnelle que j’avais – pourquoi ne pas former une coalition NDP/parti vert? Il y a beaucoup de points en commun entre ces deux partis.

 

Je ne suis pas un joueur politique majeur alors je ne pourrais pas vous répondre exactement, mais je peux dire que le parti vert est prêt à travailler avec n’importe quel parti. Quoique, je serais personnellement partant pour une coalition entre le NPD et le parti vert. Pourquoi s’isoler en disant non? Il faut travailler ensemble.

 

Par Nickolas Eburne

 

 

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