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Vie étudiante

Entrevue avec Daniella Ingabire

La nouvelle conseillère en équité et réussite scolaire à la section de droit civil.

Pour visionner l’entrevue: https://fb.watch/4j7uzPxtQC/

Cette semaine, la section de droit civil de l’Université d’Ottawa a annoncée l’embauche de Daniella Ingabire pour un tout nouveau poste, celui de conseillère en équité et réussite scolaire.


Mme Ingabire, originaire du Burundi, a grandi en exil dans divers pays africains en raison de la guerre. Elle est arrivé au Canada, à Sherbrooke plus précisément, à l’âge de 7 ans avec sa famille.

Elle a entamée des études en travail social en 2016 à l’Université d’Ottawa pour y graduer avec la mention Summa Cum Laude et ensuite se diriger vers une maitrise en sociologie politique.
Maintenant, elle travaille en tant que coordonatrice de recherche pour la Conseillère spéciale en équité, diversité et inclusion de l’Université d’Ottawa en plus d’occuper ce nouveau poste, celui de conseillère en équité et réussite scolaire de la section de droit civil.
Pour en savoir plus sur Danielle et son nouveau poste, voici notre entrevue avec elle!

Premièrement, bienvenue à Fauteux! Pouvez-vous vous introduire brièvement pour les étudiants qui ne vous connaissent pas?

Je viens de Sherbrooke, mais mon pays natal est le Burundi que j’ai quitté pour vivre dans 3 autres pays africains en raison de la guerre, avant d’avoir l’asile au Canada à l’âge de 7 ans. J’ai décidé de quitter Sherbrooke en 2016 pour étudier en service social à Uottawa. C’est à ce moment que je me suis vraiment intéressée aux enjeux d’équité, surtout parce que j’avais beaucoup de difficultés à m’ajuster à la vie universitaire. En apparence, j’étais une étudiante studieuse et sérieuse, mais à plusieurs reprises mes études ont failli être comprises en raison d’un énorme stress financier. J’ai essayé de m’impliquer dans les associations étudiantes, mais je n’ai pas trouvé ma place. Je devais travailler plusieurs heures pour subvenir à mes besoins et maintenir de bonnes notes pour que l’Université m’aide à payer mes sessions. J’avais l’impression d’être seule dans cette réalité, je me suis donc éloignée des associations étudiantes pour m’impliquer auprès de personnes dont la réalité se rapprochait de la mienne. J’ai fait du tutorat à l’université, créé un groupe de discussion pour les étudiants racisés en service social, je me suis impliquée au CALACS pour être alliée envers les femmes victimes de violence sexuelle et, à la maîtrise, j’ai initié un plan d’action contre le racisme en milieu universitaire avec d’autres étudiants. Aujourd’hui, je sais que d’autres étudiants vivaient une situation similaire à la mienne. Malheureusement, le stress de performance qui fait partie intégrante de l’expérience universitaire fait en sorte que les étudiants ne sont pas portés à parler ouvertement de leurs problèmes. Je veux que les étudiants se sentent à l’aise de me parler de leur situation, je veux qu’ils sachent que je suis passée par là. 

Vous occupez un nouveau poste au sein de la section de droit civil – celui de conseillère en équité et réussite scolaire. Que représente ce poste, quelles seront vos tâches à la faculté de droit?

Brièvement, mon poste consiste à aider les étudiants à avoir accès aux ressources d’aide dont ils ont besoin en fonction de leurs besoins. Je soutiens aussi le secrétariat de la faculté pour tout ce qui concerne les étudiants ayant besoin de mesures d’accommodements pour leurs travaux et examens. Une autre partie que j’apprécie tout autant dans mon travail est que j’ai l’opportunité d’appuyer et conseiller la faculté (et même les étudiants) en ce qui a trait aux initiatives en inclusion. Donc un ou une étudiante peut me contacter pour discuter de projets qu’il ou elle désire entreprendre dans le domaine de l’inclusion, la diversité et l’équité.

Est-ce que votre poste couvrira les étudiants de common law aussi, ou est-il réservé aux étudiants de droit civil?

De manière générale, mon poste est davantage destiné aux étudiants de la section de Droit civil. Mais il y a des étudiants qui suivent des cours dans les deux sections pendant leur parcours universitaire, comme les étudiants dans le programme de droit canadien. Dans leurs cas, je suis en mesure de les aider s’ils ont des besoins qui se rapportent à des cours à la section droit civil, sinon il y a l’option de les référer vers la Conseillère en équité de la section Common law. L’important c’est qu’aucun étudiant ne passe entre les filets comme on dit. Mes services sont aussi offerts aux étudiants gradués en Droit civil.

Cela fait maintenant plusieurs années que les étudiants de la section de droit civil demandent la création d’un poste de conseiller/conseillère en santé mentale. Selon vous, est-ce que votre poste est comparable à celui de conseiller/conseillère en santé mentale?

La plus grande similitude entre mon poste et celui de conseillère en santé mentale est l’évaluation des besoins des étudiants en situation de détresse psychologique. Ce qui diffère est la manière d’intervenir par la suite: une conseillère en équité va diriger l’étudiant vers les ressources adéquates (par exemple vers un thérapeute) et s’assurer de mettre en place d’autres stratégies ou services qui vont soutenir l’étudiant. Il peut s’agir de revoir la charge de travail si l’étudiant a une condition médicale, donner accès à des notes de cours si la situation a des effets sur sa capacité de concentration, etc. Un aspect important de mon travail est d’aider les étudiants à naviguer dans les nombreux services offerts sur le campus et dans leur communauté. Pour ce faire, le comité de santé mentale de la section droit civil a travaillé sur un guide des ressources en santé qui sera disponible en ligne. Nous allons aussi présenter ces ressources par catégorie de besoins, car c’est important que l’étudiant qui vient me voir et celui qui décide de chercher les ressources par lui-même puisse comprendre quels services sont offerts. 

Votre poste concerne aussi l’équité. Je vois que vous avez siégé sur plusieurs comités sur l’antiracisme et l’inclusion et que vous avez obtenu une bourse au mérite dans le passé pour avoir rédigé un plan d’action antiraciste avec d’autres étudiants gradués dans le département de sociologie et d’anthropologie. En tant que conseillère en équité et réussite scolaire, vous siégerez sur deux comités dont celui sur la santé mentale et le comité antiracisme et inclusion de la section de droit civil. Selon vous, quel rôle joue l’équité dans le milieu scolaire et la santé mentale? Quels seront vos objectifs concernant ce dossier en particulier?

L’équité est indissociable de la réussite scolaire et de la santé mentale des étudiants. En me basant sur mon vécu personnel et mon expérience professionnelle, je perçois l’équité comme la reconnaissance des besoins et réalités des étudiants. Les étudiants de l’université d’Ottawa demandent du changement concret en ce qui a trait à la santé mentale, parce qu’ils perçoivent une incohérence entre leurs besoins et ce que j’appelle le statut quo. L’équité a comme fonction d’examiner les préoccupations des étudiants, leurs situations personnelles pour  créer des initiatives concrètes basées sur leurs besoins. L’université a augmenté son offre de services en santé, mais certains étudiants ont l’impression de devoir naviguer seul dans ces services.

Les objectifs en équité et en santé mentale doivent toujours être définis avec les personnes qui sont visées par les mesures qui seront mises en place, soient les étudiants. C’est important car c’est un aspect qui peut être oublié. C’est important pour moi que les étudiants soient à l’aise de s’ouvrir sur leurs préoccupations en utilisant des moyens de communication qui leur conviennent. Il faut déjà interroger les étudiants pour savoir s’ils connaissent ces moyens et si d’autres peuvent être mis en place. 

Un premier objectif que je me suis fixé est évidemment d’aider les étudiants à avoir accès aux services dont ils ont besoin. Un autre objectif serait de participer à sensibiliser la faculté par rapport aux enjeux de la santé mentale et de l’équité. Nous avons tous une santé mentale et ressentons le besoin d’être inclus. Les étudiants qui doivent gérer des préoccupations liées à leur santé et qui se sentent également exclus dans leur expérience universitaire en raison de leur appartenance à un ou des groupes marginalisés ont besoin que les gens soient éduqués et sensibles par rapport à leurs réalités complexes. Peu importe le domaine du droit et l’identité personnelle du ou de la future juriste, ses clients et  collègues ne seront pas des personnes avec des réalités homogènes. Il faut savoir comment réagir et interagir avec cette différence. 

Un autre objectif serait de voir comment les enjeux en équité que j’ai identifiés dans mon plan d’action “antiracisme et inclusion” sont pertinents pour la section de droit civil. Entre autres, mes pairs et moi faisons partie des nombreuses personnes à avoir abordé la question du manque de professeurs autochtones et racisés, le besoin d’une instance ou d’un mécanisme en charge des plaintes liées au harcèlement basé sur l’identité ethnique, la révision des critères des bourses d’aide financière de l’université. D’autres enjeux se rapportent à l’adoption de cours sur l’antiracisme et la diversité dans chaque faculté, l’embauche de divers intervenants (avocats, travailleurs sociaux, médecins, etc) ayant des connaissances quant aux effets du racisme sur la santé dans le but de mieux soutenir les étudiants racisés, l’adoption d’un visa à temps partiel pour les étudiants internationaux ayant une condition médicale et la prise en compte du système de notation des universités d’origines des étudiants internationaux lors du calcul de la moyenne d’admission à l’université d’Ottawa, moyenne qui a un impact sur l’obtention de bourses d’admission.

Les étudiants et diplômés en droit connaissent très bien le fonctionnement de leur faculté et seront en mesure de déterminer si des mesures conviennent à leur faculté et peuvent en suggérer d’autres.  J’ai la chance de pouvoir assister le conseiller spécial en antiracisme dans ses travaux, c’est une opportunité qui sera très favorable à la faculté de droit.

Nous voulons remercier Mme Ingabire pour cette opportunité d’entrevue! Bienvenue à Fauteux Daniella!

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