Catégories
Non classé

En entrevue avec Rita Baga de Canada’s Drag Race

Ceci n’est qu’une version écrite de l’entrevue audio entre Rita Baga et Alexia Morneau, rédactrice du Flagrant Délit. Pour écouter/visionner l’échange:

A : Oui, allô?

R : Oui, allô. Est-ce que c’est Alexia?

A : Oui, bonjour hi!

R : Bonjour, hi. Ça va bien?

A : Ça va très bien merci, vous aussi?

R : Oui, on peut se tutoyer, il n’y a pas de problème.

A : Ok, c’est parfait! Je veux commencer en disant que je capote tellement de te parler Rita en ce moment. Pour vrai, j’ai chaud en dessous des bras, j’ai le cœur qui bat vite, je capote. Je suis vraiment contente!

R : Ça va ben aller!

A : Comment tu vas avec tes shows pis tout ça? Les drive-in… Comment ça se passe tout ça?

R : Ça c’est fini, ça vient de finir. Pis c’est sûr que c’est plus tranquille vu qu’on ne peut pas, à Montréal et dans plusieurs villes, on ne peut pas faire de spectacle en ce moment. Mais sinon, j’ai ben des projets par ci par-là, donc on avance sur les autres trucs pis je suis ben allumé!

A: Bien c’est excellent, on va essayer de suivre ça. J’étais d’ailleurs moi-même au drive-in de Montréal et j’ai capoté, il n’y a comme pas d’autres mots c’était extraordinaire.

R : Bien mon dieu merci surtout qu’on s’est réadapté à la dernière minute avec tous les imprévus de cette tournée, plus d’animatrice, plus de gagnante, plus de danseurs… Mais écoute on a fait de notre mieux et je pense que les gens ont apprécié. 

A : C’était légendaire pour vrai. Donc compliments à part, j’ai préparé cinq questions. Je ne pense pas qu’on va se rendre à la cinquième mais ce n’est vraiment pas grave. Donc c’est ça, comme je l’ai dit, moi je m’appelle Alexia et je suis étudiante en droit civil à l’Université d’Ottawa puis je voulais partager la vision de ton art dans ma faculté. Je trouve ça vraiment magnifique puis je trouve qu’avoir une queen francophone aussi c’est vraiment exceptionnel donc pour commencer, qu’est-ce qui t’as attiré vers l’univers des queens, c’est quoi l’élément qui t’as fait faire le saut dans cet univers-là?

R : En fait, c’est sûr que dans mes explorations du village à Montréal c’est là que j’en ai vu pour la première fois. Après, c’est plus un concours de circonstances du fait que j’avais un ami qui est devenu colocataire puis il a commencé à en faire, donc là j’ai été voir quelques-unes de ses prestations. Je n’étais pas intéressé à en faire, par contre un ami commun qui faisait de la drague n’arrêtait pas de me dire que je devais essayer. Par la suite j’ai tenté l’exercice pour lui faire une surprise pour son anniversaire et c’est à ce moment-là dans le fond que j’ai réalisé que c’était vraiment quelque chose qui m’intéressait plus que j’aurais pensé à prime abord. 

A: Ok, ok. Donc après ça les shows ont commencé et tout ça?

R : Oui, ça s’est déboulé assez vite en fait. Ça c’était au mois de février, après ça cet ami-là a commencé à animer sa propre soirée les dimanches et m’a demandé pour le plaisir de faire sa première avec. Dans le fond on avait monté un trio pour son anniversaire, donc l’idée était de refaire ce numéro-là. Il voulait que je fasse une performance en solo aussi donc ça c’était vraiment la première fois. Mado était là ce soir-là, elle a adoré notre énergie à trois. Elle nous a demandé de revenir à tous les mardis cet été-là pour divertir les gens. Après quelques semaines, elle a demandé qu’on aide avec le spectacle, qu’on fasse partie de la finale. Ensuite, c’était de faire un numéro par semaine. Puis après ça j’ai commencé à faire de mon côté en solo, donc ça a vraiment été comme un buildup mais assez rapide.

A: Wow! Ok, puis ça ressemblait à quoi ce premier numéro-là?

R : C’était peu chic… Je faisais Le saule d’Isabelle Boulay habillé en saule. La perruque fait à la main d’espèce de branches et de feuillage acheté au Dollarama. Et j’avais une robe brune que j’enlevais à la montée d’Isabelle pour avoir des fleurs sur les mamelons, quelque chose de très chic.

A : Ok, ok. Écoute, mine de rien ça t’a permis d’entrer sur la scène puis de devenir ce que tu es aujourd’hui donc ce n’est pas si mal! D’un autre côté, on dit qu’entrer dans l’univers des queens c’est en soi un « political statement ». Pour toi, ça signifie quoi? Quel message tu cherches à passer à travers ton art? 

R : Pour moi, ça été long avant de réaliser ça. En fait, quand j’ai commencé c’était vraiment plus une blague, c’était plus fait de façon comique. Jusqu’à ce que je comprenne et j’apprenne aussi l’importance des dragues au sein du mouvement des droits LGBTQ et toute la diversité sexuelle et de genre, ça m’a pris quand même un moment avant de connaître et réaliser l’ampleur de la part des dragues à l’émancipation des communautés. Quand j’en ai pris conscience, ça a changé plusieurs choses, particulièrement quand j’ai commencé à animer. Donc je trouvais que le fait d’avoir une voix publique et d’avoir un pouvoir entre les mains, le micro, ce n’était pas nécessairement juste pour dire des blagues mais c’était l’occasion idéale pour pouvoir faire des revendications ou aussi pour simplement faire état de la situation qui pouvait être alarmante pour les communautés puis juste avoir l’occasion de m’exprimer, de donner mon point de vue. Ça donne une tribune en fait puis ça m’a pris quelque temps avant de le réaliser. On dit souvent que c’est un « statement » parce qu’en soit, tout ce qui est un peu un challenge au niveau des genres, tout ça, ça peut être vu comme quelque chose qui est un « statement », une revendication de la diversité par le biais de l’expression de genre qu’est la drague. Je pense aussi qu’au départ, quand on se rappelle que les premiers mouvements nord-américains ont été initiés par des personnes trans puis des dragues, de se le rappeler puis de continuer à faire vivre toute la prémisse de ce qu’on est maintenant, c’est une bonne chose de le rappeler.

A: C’est sûr. Puis dans le fond, moi ce que j’en comprends un peu là-dedans c’est que même toi t’as grandi là-dedans. Ta pensée, puis tes valeurs ont évolué là-dedans. Donc, comment en fait la perception des gens envers le mouvement des queens a-t-elle évolué, est-ce que ça régressé à travers le temps? Est-ce que tu tu perçois plus d’ouverture, plus de tolérance?

R : Oui, bon. C’est sûr que là le choix de mots, je vais t’arrêter tout de suite. Le mot « tolérance » c’est mon mot trigger.Je comprends d’où tu veux venir mais c’est plus de l’acceptation. Je ne demande pas qu’on me tolère mais qu’on m’accepte. C’est deux choses complètement différentes. Mais je comprends où tu allais. Effectivement c’est sûr que quand je regarde quand j’ai commencé il y a presque 14 ans versus maintenant, c’est le jour et la nuit en termes d’ouverture et d’opportunités aussi qu’on offre aux différentes dragues. C’est sûr que l’émission Drag Race qui arrive à sa treizième année – j’ai commencé et l’émission ne jouait pas encore – je vois tout l’apport que l’émission a amenée aux sociétés, parce que ça voyage tellement cette émission-là. En fait, ça a démocratisé la drague, ça l’a rendue plus accessible, puis ça fait en sorte que, pour le commun des mortels, ce n’est plus mythique et underground comme ça l’était.  C’est rendu plus courant, publique. Maintenant dans les dernières années, on a un second souffle de ça en voyant tous les différents types de drague. Ce qui est bien avec Drag Race c’est que ça a ouvert la porte à rendre ça familier à tout le monde, c’est quoi le concept de la drague. Maintenant, de comprendre que la drague ce n’est pas nécessairement juste des drag queens, ce n’est pas juste des personnes qui s’identifient hommes qui se mettent en femme, ça devient plus en plus courant et il était temps aussi parce que l’émission Drag Race se concentre beaucoup sur la formule: une personne qui s’identifie homme et qui personnifie ce qu’on entend être femme. Par contre, ce n’est pas juste ça et ça jamais été juste ça. Donc les gens, le grand public je crois, depuis plusieurs années le sente de plus en plus et le voit.

A : C’est certain. C’est même rendu extrêmement populaire puis presqu’une mode en fait d’écouter ça. Est-ce que tu aurais des souhaits pour l’avenir des drag queens? C’est quel changement que t’aimerais voir dans cet univers-là?

R : C’est sûr que j’en ai plusieurs. Au Québec, on se compare souvent au Canada avec la situation aux États-Unis par rapport aux dragues parce que ça fait tellement longtemps que c’est dans leur quotidien, j’espère qu’on va en arriver là bientôt. Qu’il y ait une place plus grande pour les dragues que d’être invité à différentes tribunes pour parler de la dragueparce que drague dans le fond quand on comprend, c’est un artiste qui a plusieurs outils, plusieurs idéologies dépendamment des dragues. Ce serait intéressant de voir par exemple dans une émission de variété ou culturelle, unedrague qui donne son point de vue sur par exemple le livre de la semaine plutôt que d’avoir une drague qui est invitée à parler de c’est quoi une drague. On est rendu comme à une autre étape; ce serait un souhait imminent. Sinon c’est tout simplement que ça se poursuive sur cette lancée-là. C’est de plus en plus fréquent de voir des dragues dans l’espace public puis de reconnaître aussi cet art-là. Si je pense à la sodec (?) ou la socam (?) qui, dans tous les formulaires, la drague n’est pas encore reconnue comme de l’art mais l’humour en est un, la magie en est une aussi mais la drague non. C’est toujours une case à cocher « autre ». Ce serait un souhait d’avoir une certaine reconnaissance je dirais au niveau gouvernemental mais au niveau de la société en général aussi. Mais on s’en vient vers là, j’ai confiance avec l’avenir.

A : Ok, ok. Puis c’est quoi le meilleur conseil que tu t’es fait donné dans ton parcours puis que tu donnerais à ton tour?

R : D’essayer. D’essayer non seulement la drague, mais dans ta drague, d’essayer de faire différentes choses, de ne pas te limiter à un carcaire (?), d’essayer d’être le plus entreprenant, le plus explorateur de ton art et de ne pas avoir peur d’essayer puis de créer des choses. Quand on assiste à une soirée drag où il y en a dix, j’ai en tête entre autres les soirées Drag War qu’on fait au cabaret. Il y a des auditions – quand il y a dix personnes qui auditionnent, à la fin on se rappelle les personnes qui ont fait des choses différentes et non pas ce qui a été fait selon le moule ou ce qu’on entend, qu’on convient le plus comme numéro classique de drague. Donc d’être hors norme puis de ne pas avoir peur d’explorer, c’est mon souhait puis mon conseil numéro un à toutes les nouvelles dragues, et aussi d’être patients et patientes parce que ça peut prendre du temps mais quand on tombe sur son X, ça vaut la peine.

A : Écoutes Rita, je te remercie énormément. C’était tout pour moi, je te remercie tellement pour ton temps c’est extrêmement apprécié que tu prennes ce temps-là pour répondre à mes questions. C’est un honneur pour moi de discuter avec toi aujourd’hui.

R : Ça fait plaisir! Si ça peut t’aider, j’en suis bien heureuse!

1 réponse sur « En entrevue avec Rita Baga de Canada’s Drag Race »

Wow quelle belle entrevue! Très intéressant de découvrir cet art qui mérite d’être connu. Merci beaucoup Alexia de nous permettre d’en apprendre d’avantage sur Rita Baga!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *