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En entrevue avec… Dominique Anglade

Le vendredi 9 octobre 2020, j’ai eu la chance de pouvoir parler à Mme Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec. Mme Anglade est la première femme cheffe du Parti, et la première femme noire cheffe d’un parti provincial au Québec. Ce fut un honneur pour moi de lui demander certaines questions concernant son histoire personnelle et l’importance de voter. Voici une version écrite de cette entrevue.

Depuis 1867, le Parti libéral a eu 17 chefs. Vous êtes la première femme; comment fière êtes-vous de cette réussite, et est-ce que vous ressentez un fardeau plus lourd sur vos épaules à cause de ce titre historique?

C’est sûr que je pense qu’on était là au Parti libéral du Québec, ça suit une certaine logique puisqu’on est en 2020. Par rapport au « fardeau plus lourd », je sens toujours une responsabilité associée à ça. C’est sûr que tu te dis que tu veux réussir, tu veux performer. Quand j’ai commencé à travailler j’étais quatre fois une minorité; j’étais une jeune femme francophone issue des communautés culturelles dans un milieu anglophone en Ontario dans un secteur très masculin, dans le manufacturier, donc le point des responsabilités je le sens toujours. Mais c’est aussi ça le défi donc c’est ça aussi qui est stimulant.

Quelle est l’importance de la représentation dans le gouvernement?

C’est fondamental pour prendre des bonnes décisions. Il faut que ton gouvernement soit représentatif des hommes, des femmes, des différents groupes… De toute la diversité, la diversité c’est très large comme concept. De toute cette diversité-là. C’est fondamental parce qu’il reste quand même que pour prendre des décisions il faut que tu sois conscient de ce qui se passe, que t’ai une sensibilité aux choses. Et on le voit! On regarde par exemple dans les gouvernements où, par rapport à la COVID, ça été géré par des leaders féminins on constate que les résultats semblent meilleurs que quand ce n’est pas le cas. Donc il y a une sensibilité que t’emmènes, il y a quelque chose de positif qui est présenté là-dedans. 

Qu’est-ce qui vous a fait choisir de quitter le monde de l’ingénierie pour joindre celui de la politique?

D’abord vous avez une question sur le génie industriel. Moi j’ai étudié en génie industriel; je voulais quelque chose de concret, je suis allée travailler en usine par après et j’ai vraiment aimé ça. Et on se rend compte que le travail en génie industriel ça rappelle quelque part la politique parce que tu rencontres des gens, tu discutes, tu échanges, t’améliore des processus. Mais ayant travaillé dans le secteur privé, et parallèlement à ça ayant été beaucoup impliquée dans des organismes communautaires, je me suis dit « comment est-ce qu’on arrive à combiner les deux? » et la politique te permet de faire ça, te permets de te développer d’un point de vue des défis à résoudre puis des problèmes à résoudre mais en même temps tu sens que tu contribues à quelque chose qui est plus grand que toi. Tu contribues au développement de la société, je trouve ça très riche de ce point de vue-là.

Pourquoi est-ce que les jeunes au Québec et au Canada devraient s’intéresser davantage à la politique?

Parce que la politique c’est la capacité de changer le monde. Puis je sais que les gens pensent « bien oui, les politiciens ne changent pas nécessairement le monde » mais honnêtement il y a plein de décisions qui vont être prises dans les prochaines années qui vont avoir une incidence considérable sur la société. Alors si on veut par exemple se dire l’enjeu que l’on va avoir dans les prochaines années, l’enjeu des changements climatiques, comment s’impliquer, comment réformer ça, il faut que t’ailles des politiciens qui décident de s’impliquer là-dedans puis dire « On va réellement faire quelque chose ». Moi c’est l’art de tous les possibles la politique, c’est ça qui m’anime là-dedans, j’ai l’impression d’avoir une véritable emprise sur la société puis de pouvoir proposer des choses et de pouvoir les mettre en application par la suite. C’est très riche, quand même. 

Avez-vous des conseils pour des jeunes adultes qui aimeraient s’impliquer davantage en se présentant en tant que candidat dans une élection?

Bien moi je les encouragerais fortement à le faire. Je les encouragerais à appeler des gens qui ont vécu l’expérience. Moi je suis entrée en politique plus tard, j’avais 40 ans quand je entrée en politique, donc j’ai attendu. Et il y a différents moyens de s’engager; la politique c’est une manière de le faire, mais il y a plein de moyens de s’engager. Et ça peut toujours conduire à la politique ultimement. Moi c’est le choix que j’ai fait, mais il n’y a pas de modèle. Il y a un jeune qui a été impliqué dans ma course à la chefferie, qui était impliqué avec la commission jeunesse du Parti libéral, aujourd’hui il dirige mon bureau de comté donc il y a plein de manières de pouvoir s’impliquer également. D’ailleurs il a aussi été candidat lui!

Quel sera le défi majeur auquel le Québec et le Canada feront face après la pandémie selon vous?

Je dirais le plus grand défi qu’on va avoir c’est reconstruire tout l’aspect humain de ce qui se passe. On va avoir une économie qui va être plus difficile à redémarrer, on va avoir des gens qui auront beaucoup souffert. La question de la santé mentale est vraiment essentielle aujourd’hui puis les jeunes, je pense à des jeunes comme toi Nickolas, mais de toute ta génération à toi; ce n’est pas facile être confiné, ce n’est pas facile pas voir ses amis, se projeter dans l’avenir puis se dire « quel genre d’avenir est-ce que j’ai moi? ». Donc il va falloir que tout le monde puisse être impliqué, il va falloir qu’on aille un projet de société qui nous rassemble, qui nous unisse. Je pense que les gens auront soif de ça. Il ne faut surtout pas se diviser, mais trouver des mécanismes pour le faire, pour s’unir. Moi je crois beaucoup en un projet de société qui va être porteur, qui va faire en sorte que l’économie puis toute la question des changements climatiques va être ensemble. Je crois beaucoup également à toute la question de réduire nos inégalités parce qu’il va en avoir qui sont accentuées à cause de la COVID; ceux qui auront pu en sortir, ceux qui en auront souffert beaucoup. Je pense qu’il va falloir qu’on trouve des mécanismes pour réconcilier le tout. 

Finalement, je sais que vous avez parcouru le Québec avant la pandémie pour promouvoir votre projet de Charte des régions. Pouvez-vous expliquer aux gens qui nous écoutent ce que c’est, cette Charte des régions?

Bien sûr. Moi si je fais de la politique, c’est parce que je crois que chaque personne peut atteindre son plein potentiel. Devrait. Une société idéale c’est une société dans laquelle chaque individu contribue au meilleur de son potentiel. Bien de la même façon, je crois que, pour une société idéale, il faut que chaque région puisse contribuer au meilleur de son potentiel. Puis les régions, un des enjeux que l’on a, c’est qu’il y du « mûr à mûr » qui est appliqué partout et souvent il y a des décisions qui sont prises ou des situations où ça ne correspond pas du tout à la réalité de la région. Si on pense par exemple à la région de l’Outaouais, tu ne peux pas comparer la région de l’Outaouais qui a une frontière avec l’Ontario de la même manière que tu compares les Îles-de-la-Madeleine, qui sont complètement à l’est du Québec, et qui n’en ont pas autour d’eux; c’est de l’eau. Chaque réalité est différente, et la charte des régions c’est un mécanisme qui permet d’identifier quels sont les éléments qu’on aimerait changer pour que ça ne soit pas du « mûr à mûr » qui soit appliqué dans cette région-ci, mais qu’on prenne en considération quelques éléments-clés qui vont permettre à la région de vraiment pouvoir s’épanouir. C’est ça l’objectif de la Charte des régions. D’ailleurs, on va lancer une grande tournée de cette Charte-là dans les prochaines semaines où les gens vont pouvoir s’impliquer, donner leurs commentaires, faire avancer des sujets qu’ils souhaitent voir avancés pour leur région.

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Encore une fois, je souhaite remercier Mme Anglade d’avoir accepté de faire cette entrevue avec moi. Pour visualiser la version vidéo de l’entrevue, cliquez sur le lien suivant: https://youtu.be/sZV3IPTCPNc

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