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Dépôt des budgets Couillard et Trudeau

CHRONIQUE POLITIQUE

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Anthony Delisle   adeli013@uottawa.ca

 

On le sait, les politiciens sont de fins stratèges et des maîtres dans l’art de la planification. Pourtant, malgré un agenda politique bien établi, ils ne sont jamais à l’abri des aléas de l’actualité du jour. Les gouvernements de Philippe Couillard et de Justin Trudeau en ont eu un exemple probant ces dernières semaines. Alors que l’un comptait sur son budget de mi-mandat pour mettre une croix sur la « rigueur budgétaire » (alias l’austérité, terme peu populaire par les temps qui courent) et que l’autre dévoilait ses mesures phares pour son premier budget en tant que Premier ministre, des événements exceptionnels ont relégué ces mises à jour économiques au second rang. Il n’en demeure pas moins que ces budgets méritent notre attention pour plusieurs raisons.

Une gestion serrée et peu de cadeaux à Québec

            Pauvre Philippe Couillard! Alors que son parti connaissait en février et en mars, selon plusieurs, ses moments les plus difficiles depuis son arrivée au pouvoir en 2014 (piètre gestion du scandale des fugues au Centre jeunesse de Laval, conflit public avec Pétrolia sur le dossier Anticosti, etc.), le Premier ministre misait énormément sur le dépôt du budget pour renverser la vapeur. Malheureusement pour lui, le tout fut évincé de la une des grands journaux dû à un coup de théâtre de l’Unité permanente anti-corruption; l’arrestation de sept personnes, dont l’ex-ministre libérale Nathalie Normandeau.

            Le troisième budget du ministre des Finances, Carlos Leitao, s’avère celui des promesses tenues, notamment par l’atteinte de l’équilibre budgétaire. Le gouvernement continue de mettre l’emphase sur la réduction du fardeau fiscal des contribuables et sur la réduction de la dette publique, qui se situe à 55% du PIB québécois. La croissance des dépenses des programmes se situe à 2,7%, une augmentation marquée en comparaison aux deux années précédentes. De plus, le gouvernement débute l’abolition progressive de la taxe santé, qui avait été implantée par le gouvernement libéral sous Jean Charest et qui se chiffrait à ses débuts à 200$ par contribuable et il réduit les frais de garde pour le deuxième enfant d’un couple. On assiste aussi à un réinvestissement en éducation, mais qui n’est pas assez imposant pour compenser les précédentes compressions dans le même milieu. Pour les optimistes, un budget responsable; pour les pessimistes, une réparation insuffisante des pots cassés.

Un réinvestissement massif et un déficit imposant à Ottawa

            Le premier budget du ministre des Finances, Bill Morneau, quelques jours après celui du Québec, n’a pas non plus été l’événement médiatique de la journée en raison des tristes attentats terroristes en Belgique et de la mort de l’ex-maire de Toronto, Rob Ford. Néanmoins, le contenu n’est pas moins intéressant pour autant. Soulignons d’emblée ce que tout le monde attendait; la taille du déficit. Non seulement le Parti libéral n’a pas su tenir sa promesse d’un déficit « modeste » d’une dizaine de milliards de dollars, mais encore pire : la différence entre les revenus et les dépenses se chiffre à 29,4 milliards, soit près du triple de la cible précédemment annoncée! De plus, pour le moment, Justin Trudeau et son équipe ne semblent pas avoir d’échéancier précis concernant la date du retour à l’équilibre budgétaire. Notons toutefois que la situation d’endettement d’Ottawa n’est pas comparable à celle de Québec alors que le ratio dette/PIB s’établit à moins de 35%, le plus faible des pays du G7.

            Les grandes lignes du budget se résument à des réinvestissements massifs pour aider les familles, les moins bien nantis et stimuler une économie qui tourne au ralenti. Le gouvernement libéral met sur pied l’Allocation canadienne pour enfants, une somme non imposable versée mensuellement aux familles et dont le montant dépend de l’âge des enfants et du revenu familial. Une importante enveloppe de 8,4 milliards de dollars étalée sur 5 ans est également prévue pour l’amélioration des conditions de vie des peuples autochtone et 125 milliards sont débloqués sur une période de 10 ans pour des projets d’infrastructures. Un autre engagement a cependant été rompu, soit celui de diminuer le taux d’imposition des PME de 10,5% à 9%. Pour les optimistes, des investissements souhaités et nécessaires; pour les pessimistes, des dépenses extravagantes qui replongent Ottawa dans le rouge.

Avril - Anthony - Politique
Crédit photo: CBC.ca

            Pour la suite, à quoi s’attendre pour Québec et Ottawa? La rigueur budgétaire imposée par Philippe Couillard continuera-t-elle d’avoir un impact sur la croissance économique? Selon l’économiste Pierre Fortin, l’économie aurait augmenté de 1% de plus sans les compressions budgétaires. Au fédéral, à quand le retour à l’équilibre budgétaire? C’est la question à 29,4 milliards!

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