Climato scepticisme : les droits fondamentaux et la situation au Brésil

Une réalité environnementale frappante 

 « L’Amazonie est le poumon de la planète », c’est ce qu’on entend souvent. Ce fameux adage est plus qu’une simple phrase imagée; c’est une réalité scientifique. L’immense réservoir de C02 qu’est l’Amazonie, dont les deux tiers de la surface s’étendent sur le territoire brésilien, réduit tant l’effet de serre mondial que les températures globales. La destruction de cet immense puit de carbone va au-delà des neuf frontières qui l’arborent. Le globe entier ressentira les effets néfastes du défrichage de cet écosystème de biodiversité sans égal. 

La forêt amazonienne qui brûle est un sujet d’actualité, alors que la pratique de terre brûlée est un mode d’agriculture ancestral. C’est de dire que la pratique de défrichement par le feu se fait dorénavant à grande échelle. Le secteur agro-industriel compte parmi les plus importants de l’économie brésilienne. Ainsi, plus de terres brûlées équivaut à plus d’opportunités économiques, particulièrement sur les marchés mondiaux. C’est pourquoi le président du Brésil, Jair Bolsonaro, a adopté de nombreuses mesures, notamment la fusion des ministères de l’agriculture et de l’environnement, afin d’assouplir les restrictions liées aux aires forestières protégées. 

Et les peuples autochtones dans cette crise? 

Le discours de Jair Bolsonaro lors de la 74e assemblée générale des Nations Unies, le 24 septembre 2019, n’a laissé personne indifférent. Les trente minutes qu’il a passées à soutenir que l’Amazonie n’appartient pas au patrimoine de l’humanité et que la simple proposition d’imposer des sanctions au Brésil est en soit ridicule atteignent directement le respect des droits fondamentaux des peuples autochtones. Le défenseur des droits des populations autochtones et de l’Amazonie, Raoni Metuktire, a été la cible de critiques par le président même. Sur ce point, rien ne laisse croire que la situation s’améliorera, notamment parce que l’action gouvernementale mène de plus en plus au bafouage des droits des populations autochtones. Par exemple, les pouvoirs de la Fondation nationale de l’Indien du Brésil (FUNAI) en matière d’attribution des licences environnementales ont été transférés au ministère de l’agriculture; le droit pour les représentants des tribus indigènes de manifester pacifiquement dans les lieux publics est de plus en plus restreint, etc. 

Et plus encore, les mesures adoptées depuis l’arrivée de ce dernier au pouvoir atteignent non seulement les droits des peuples autochtones, mais les droits humains de la population brésilienne de façon plus générale. C’est pourquoi Amnistie Internationale Brésil s’est dite fortement préoccupée par les actions gouvernementales lors de ses cinq premiers mois au pouvoir. Les discours hostiles aux droits humains, tenus tant par Bolsonaro que ses représentants, se traduisent par l’encouragement d’un emploi injustifié de la force et un système punitif inefficace. 

Jusqu’où pouvons-nous justifier la non-intervention? Quelle degré d’atteinte aux droits fondamentaux nous faudra-t-il pour mettre fin aux plein pouvoirs du gouvernement brésilien? Telles sont les questions qui méritent d’être discutées, entendues et débattues, peu importe le degré d’inconfort et de frustration qu’elles puissent porter. 

Peut-on espérer une intervention de la communauté internationale? 

La forêt appartient théoriquement à l’état du territoire sur lequel elle se situe. Compte tenu du principe de la souveraineté des états, la communauté internationale ne peut  s’ingérer dans la gouvernance des autres états, ni s’imposer sur leur territoire-même. Cela ne veut pas pour autant dire qu’aucune action concrète ne peut être prise à l’encontre du Brésil. Ainsi, si les actions de ce dernier causaient des dommages à un autre état, ou si ses agissements menaçaient la paix et la sécurité internationales, l’emploi de la force serait justifié. Une violation des droits humains justifierait également cette intervention, mais encore faut-il qu’il s’agisse d’une violation flagrante. Pour le moment, la communauté internationale ne peut que surveiller de près le gouvernement brésilien pour s’assurer qu’il respecte ses obligations internationales, dont la protection des droits humains et la protection contre les violations faites à certains groupes. 

Des solutions existent-elles? 

Une compensation économique pourrait exister afin de dissuader les petits agriculteurs avant même qu’ils défrichent la terre. Plutôt que d’imposer des sanctions une fois le tort causé, on pourrait prévenir l’exploitation-même. Or, à l’heure actuelle, le développement est fort encouragé, ce qui rend cette possibilité plus ou moins viable dès lors que l’on considère que le gouvernement même est partisan du défrichement des terres. D’un point de vue plus technique, l’on pourrait également considérer les méthodes d’agriculture durable, comme exploiter une surface plus petite en superficie mais plus rentable en termes de rendement par hectare. 

Les entreprises, de mêmes que les multinationales qui profitent des richesses qu’offre le territoire, détiennent un pouvoir immense quant à la conservation des lieux. C’est faux de penser que la responsabilité environnementale et la promotion du développement durable ne dépend que du gouvernement. Au contraire, lorsque ces multinationales seront aux prises avec les problèmes liés au cycle de l’eau (l’Amazonie fournit les Andes, L’Amérique du Sud et mêmes les États-Unis en précipitations), pour n’en nommer qu’un, ils devront faire un pas vers le changement. 

Certes, la situation ne changera manifestement pas du jour au lendemain. Le Brésil est souverain sur son territoire, et l’impact de la présidence de Bolsonaro le suivra pour les années à venir. Cependant, les droits qu’il possède sur une majeure partie de l’Amazonie impliquent une responsabilité accrue en matière de protection du territoire, sans quoi les risques que les dommages environnementaux se fassent sentir ailleurs ne feront qu’augmenter. Avant que la communauté internationale ne soit forcée d’intervenir, ce qui n’est d’ailleurs pas prévisible en tant que tel, le pouvoir de chacun en tant que consommateur peut intervenir. La menace que représente le boycottage pour l’économie déjà fragile du Brésil est réelle; là se situe la limite aux pouvoirs d’un président incendiaire mais certes stratégique. 

 

Par Catherine Robin

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