Ceux qui ont raison, ont tort

Le concept de vérité est complexe et difficilement définissable, car celui-ci ne peut se voir attribuer la mention d’« absolu ». Le droit est un domaine qui, pour assurer son efficacité et sa viabilité, doit faire face à cette réalité. Ceux qui ont raison, ont tort et ceux qui ont tort, ont raison.

Si donc, l’idée de cette vérité à l’autorité inconditionnelle n’existe pas, comment est-il possible de trancher de façon précise entre ce qui est bien ou mal? Plusieurs concepts agissent en tant que cadres afin de répondre à cette question. Toutefois, il faut savoir que pour garder une nature efficiente, ces cadres doivent être prêts à se confronter sans cesse à des idées contraires et à s’adapter aux changements sociétaux. En effet, la constante remise en cause de ce qui est considéré vrai ou faux, bon ou mal, est soutenue par grand nombre de philosophes. John Stuart Mill, l’un des pères des idées modernes sur la liberté et la vérité, exprime l’essence même de ce constat en affirmant que « celui qui ne connaît que ses propres arguments connaît mal sa cause ». Cela revient à dire que, pour soutenir un point, il faut s’être informé sur son opposition. Je soutiens aussi cette idée qui, selon moi, représente la base d’une opinion éclairée et assure une argumentation intelligente.

La liberté d’expression joue aussi un rôle important dans cette perpétuelle quête de vérité. En effet, l’idée de parler librement permet une information totale, et donc, une prise de décision se voulant le plus près possible d’une réponse aux besoins sociaux actuels. Toutefois, le droit à la liberté d’expression peut souvent entrer en conflit avec d’autres droits fondamentaux importants, principalement lorsque nous sommes confrontés à des cas de discours haineux. Selon moi, et ce toujours dans l’idée de constamment améliorer et mettre à jour notre conception de la vérité, je crois que permettre une liberté d’expression absolue et sans censure est un mal pour un bien, qui n’est pas hors de proportion. Bien entendu, une limite devrait toujours être fixée dans les cas où le discours engendre un méfait direct sur autrui. Pourtant, je crois que l’être humain ne devrait pas sous-estimer son autonomie et sa capacité à être exposé à des propos d’opinions contraires, même si ceux-ci peuvent parfois être à caractère fielleux. À mon avis, porter attention à de tels commentaires est un élément au fondement d’un argumentaire fort et sans faille.

Dans notre société, le rôle du droit est donc de mettre de l’ordre dans quelque chose qui est constamment en changement et qui se retrouve confronté à une vérité relative au contexte et au changement. La clé pour gagner des débats réside dans l’idée de ne jamais croire que sa version de la vérité est absolue. Il faut comprendre qu’une résolution présente ne garantit aucune application future. Il faut savoir que craindre le changement, l’évolution, ou la simple remise en cause d’un principe établi par le passé, revient à freiner l’efficacité de notre société. Il faut être conscient que, bien qu’en l’absence d’une vérité absolue, la recherche et l’atteinte d’une vérité toujours plus juste et raffinée est un devoir assurant l’efficience de notre système juridique, et donc, du fonctionnement même de notre structure sociale.

« Il n’y a que les fous qui ne changent pas d’idée » : le proverbe prend maintenant tout son sens.

Par Mia Delisle

Rédactrice

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