La face cachée du Québec

Depuis la mort de Joyce Echaquan en octobre dernier, la question du racisme systémique est au cœur des discussions. Le gouvernement du Québec, notamment François Legault lui-même, Benoit Charrette, ministre responsable de la lutte contre le racisme et Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité et vice-première ministre, sont tous en accord pour dire qu’il n’existe pas de racisme systémique au Québec. De l’autre côté, le premier ministre canadien Justin Trudeau avoue qu’il y a du racisme systémique au Canada. Mais donc, pourquoi la question est-elle si conflictuelle? 

Le racisme systémique désigne l’ensemble des structures de la société qui, composées des institutions, des différentes lois et des politiques gouvernementales, maintiennent les inégalités, et donc qui privilégient un certain groupe racial. Ces inégalités confèrent aux personnes blanches des privilèges et confèrent une oppression aux personnes racisées (Noirs, Arabes, Autochtones, etc.). Le racisme systémique a un impact sur une grande majorité des sphères d’une personne, que ce soit historique, culturelle, politique, économique, institutionnelle et sociale. 

Il est à noter que le racisme systémique est quelque chose de commun et est présent dans tous les systèmes sociétaux du monde. Dans chaque pays, le racisme systémique se reflète d’une différente façon. Par exemple, en Inde, on peut le voir par les différentes castes et le statut juridique, politique et culturel différents de chacune de ces castes. 

Au Canada, comme au Québec, le gouvernement est basé sur le colonialisme et l’esclavage, ce qui fait en sorte que les inégalités des peuples racisés sont ancrées profondément dans le système. La Loi sur les Indiens, instaurée au 19e siècle et qui est toujours valide aujourd’hui, démontre bien le racisme du système canadien. 

Lors du déclin du commerce des fourrures, la Couronne britannique n’avait plus besoin de l’aide des Premières Nations. Elle voulait maintenant devenir propriétaire de ces terres. C’est pourquoi, en 1867, lorsque la Loi constitutionnelle, ou AANB, a été mise en vigueur, le gouvernement fédéral s’est donné la compétence exclusive sur les « Indiens ». Donc, dès la naissance du Canada en tant que pays, on qualifie les Premières Nations comme une compétence, au même titre que l’éducation et le système de santé, et non comme un peuple à part entière, comme les Canadiens français et les Canadiens anglais. 

Quelques années plus tard, le gouvernement fédéral commence sa course à l’assimilation des peuples autochtones. En 1876, le gouvernement adopte l’Acte des sauvages (aujourd’hui la Loi sur les Indiens), qui avait comme objectif l’accélération de la dépossession du territoire indien par voie d’assimilation. L’Acte des Sauvages définissait qui était un Indien et tous les droits applicables à ces personnes de leur naissance jusqu’à leur mort. Les Premières Nations ont perdu le droit de définir qui était membre, le droit de possession de terre et le droit d’avoir un accès à la justice, le droit à l’éducation selon leur culture et tradition ainsi que le droit d’exercer  leur culture. Premièrement, juste le fait d’utiliser le terme  « sauvage » démontre le racisme des législateurs. Aujourd’hui, le terme utilisé est celui « d’Indiens », mais le fait est que ces personnes sont catégorisées en tant que sous-groupe. Deuxièmement, instaurer une loi pour assimiler  un autre peuple est l’apogée du racisme systémique. En effet, limiter les droits de ces personnes par l’instauration d’une loi est la définition même de racisme systémique. 

Dans les années 1950 jusqu’à l’instauration de la loi constitutionnelle de 1982, la Loi sur les Indiens a subi plusieurs changements, notamment l’éradication d’une grande majorité des articles discriminatoires. Depuis que la Loi constitutionnelle de 1982 est en place, les droits des peuples autochtones se sont améliorés, toutefois en étant encore loin d’être parfaits. En effet, l’article 35 précise que les droits garantis par la Charte ne doivent pas porter atteinte aux droits des peuples autochtones reconnus par la Proclamation royale de 1763. Cela permet donc d’avoir des arrêts comme Nation Haïda c. Colombie-Britannique (Ministre des Forêts) et Nation Tsilhqot’in c. Colombie-Britannique. 

Mais, le problème aujourd’hui est que la Loi sur les Indiens est encore valide et elle permet encore au gouvernement fédéral d’administrer le statut d’Indien, les gouvernements locaux des Premières Nations et la gestion des réserves. Les Autochtones sont encore considérés comme une compétence fédérale et non un peuple à part entière. Le Québec recense plus d’une vingtaine de réserves autochtones. Il est donc contradictoire de la part du Québec de dire qu’il ne pratique pas le racisme systémique lorsque lui-même applique la Loi sur les Indiens sur son territoire.