Le stress : un mal nécessaire?

Shunghyo Kim 

Kkim016@uottawa.ca

Émilie Mongrain

En psychologie, plusieurs définitions existent pour expliquer la notion de «stress». En principe, il s’agit d’une réaction physique et émotionnelle à un événement ou à une situation difficile. La recension des écrits scientifiques démontre que les études ainsi que la pratique du droit sont reconnues comme des domaines comportant des taux élevés de stress. Les facteurs pouvant causer le stress chez les étudiants sont nombreux : la méthode d’enseignement socratique, les inquiétudes par rapport aux notes scolaires, une quantité élevée de concepts complexes à maîtriser dans un court laps de temps, le manque de rétroaction positive de la part des professeurs, etc.

Bien qu’il n’y ait pas de différences au niveau psychologique entre la population générale et les étudiants en droit avant le début des études, la détresse psychologique apparaît peu de temps après le début des études. (Benjamin, Kaszniak, ventes, et Shanfield, 1986; Reifman, McIntosh, et Ellsworth, 2000).

En effet, les étudiants débutent leur session à la faculté de droit avec un taux de dépression équivalent à celui de la population générale (10 % à 20 %). Cependant, à la fin de la 1re année, 30 % à 50 % des étudiants sont déprimés et les taux augmentent à 40 % et 50 % au printemps de la 3e année (Benjamin et al, 1986;.Reifman et al, 2000). Ces statistiques nous révèlent que le stress vécu par les étudiants de la faculté de droit est une problématique réelle, qui demande une attention urgente.

Il faut néanmoins reconnaître que le stress peut être sain, s’il nous permet d’améliorer notre rendement. Cependant, lorsqu’il épuise nos ressources physiques et mentales, ce stress devient malsain et peut devenir l’origine de plusieurs maladies mentales. En ce qui concerne la santé physique, le stress peut causer de la tension musculaire, de l’insomnie, de l’accélération du rythme cardiaque, ainsi que des douleurs à l’estomac. Encore, un niveau élevé de stress pourrait entraîner une maladie cardiaque ou un accident vasculaire cérébral. Pour ce qui est de la santé mentale, le stress peut notamment mener à des abus de substances, des troubles d’humeurs et des troubles d’anxiété.

Tout en reconnaissant que le stress est une réaction normale, on ne peut douter qu’il existe toujours dans notre société de la stigmatisation et des préjugés envers les personnes qui souffrent de maladies mentales. La présence de cette stigmatisation est encore plus prégnante dans la culture de la faculté de droit, ainsi que dans la culture générale de la profession. John Starzynski, un ancien avocat et bénévole d’Ontario Lawyer Assistance Program, affirme que : « [l]e déni est un problème sérieux. Il y a une arrogance parmi les avocats que nous sommes les meilleurs. Nous sommes ceux qui règlent les problèmes, donc on ne peut surtout pas en avoir. » De même, une étude menée par l’Association du Barreau canadien a confirmé que « le stigma en lien avec la souffrance causée par les problèmes personnels ainsi que par rapport à la recherche de traitement est omniprésent dans la culture de la profession de droit. » Bien que les gens qui souffrent des troubles physiques graves soient perçus comme étant courageux, ceux qui souffrent d’une maladie mentale sont souvent considérés comme faibles ou non fiables. Cette mentalité peut entraîner des préjudices ainsi que de la discrimination. Michael Pietrus, le directeur du projet « changer les mentalités», mené par la Commission de la santé mentale du Canada, a déclaré dans un communiqué de presse de la Commission canadienne des droits de la personne que « plus de sept millions de Canadiens éprouvent des problèmes de santé mentale chaque année. La triste réalité est que beaucoup d’entre eux trouvent que la stigmatisation à laquelle ils sont confrontés est plus difficile que la maladie elle-même. » Ainsi, on peut observer le besoin primordial de combattre la stigmatisation et d’encourager les étudiants à solliciter de l’aide lorsque le stress devient trop envahissant.

Il existe plusieurs techniques de soin, toutefois il n’existe aucune recette magique pouvant assurer une gestion efficace du stress. Puisque le stress vécu est variable selon la personnalité, le tempérament, les habitudes de travail, ainsi que la situation familiale, il est important de trouver ce qui fonctionne pour soi-même. Selon les experts de la santé, apprendre à reconnaître les symptômes du stress, s’interroger sur son mode de vie et l’apport des changements nécessaires, apprendre à accepter et à gérer ce qui ne peut être modifié, admettre qu’il est impossible de tout faire et apprendre à reconnaître nos limites sont quelques suggestions utiles à la réduction de stress. De plus, l’adoption d’un mode de vie équilibré est un facteur important, car la santé physique et mentale sont intimement liées. D’autre part, l’activité physique est reconnue comme un des meilleurs remèdes au stress. Ainsi, l’intégration des activités physiques à la routine peut aider à atténuer les symptômes physique et psychologique du stress. Des techniques de relaxation telles que le yoga, la méditation ou la respiration en profondeur peuvent être aussi pratiques pour réduire les effets néfastes du stress. En outre, une alimentation saine, un niveau de repos suffisant et un juste équilibre entre le travail et les loisirs sont également d’excellents moyens de refaire le plein d’énergie afin de surmonter les difficultés des études à la faculté de droit.

Quoique tous les éléments mentionnés ci-dessus soient fortement recommandés, la thérapie offerte par un professionnel de la santé mentale peut comporter des bénéfices considérables. Des services de counselling sont offerts gratuitement aux étudiants par le SASS (Service d’appui au succès scolaire) de l’Université d’Ottawa. Vous pouvez recevoir ces services à l’adresse suivante : 100 rue Marie-Curie, 4e étage. Il est possible de prendre rendez-vous avec un conseiller ou une conseillère par téléphone au 613-562-5200, ou par courriel à couns@uOttawa.ca, du lundi au vendredi de 8 h 45 à 16 h 30.

Il est indéniable que l’atteinte du succès académique est le but ultime de la plupart des étudiants universitaires et surtout pour ceux qui choisissent les études en droit. A priori, le stress est un mal nécessaire puisqu’il sert de motivation pour les étudiants et leur permet de persévérer dans leurs études afin d’obtenir un excellent dossier académique. Par contre, afin d’atteindre ce succès, il faut pouvoir reconnaître ses limites. La réussite scolaire ne comporte pas une bonne gestion du temps et une moyenne académique élevée, mais implique également un certain équilibre de vie.

Écrit par : Shunghyo Kim (B.A. spécialisé approfondi en psychologie et étudiante de 1re année au LL.L) et Emilie Mongrain (candidate au M.Ed. en counselling éducationnel)

Author: Administrateur

Share This Post On

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *