Fashion victims : Les victimes cachées de l’industrie de la mode

Fashion victims

Amy Hétu

Le 24 avril dernier est survenu le pire accident dans l’industrie du textile à Dhaka au Bangladesh qui a mis en lumière pour la première fois la face cachée de l’industrie de la mode rapide et des effets pervers de la mondialisation.

Cela fait plus de sept mois que la tragédie dans l’usine de textile Rana Plaza au Bangladesh a eu lieu. Cette catastrophe qui a coûté la vie à plus de 1100 personnes et blessé au-dessus de 2500 autres a révélé les conditions dangereuses auxquelles font face les travailleurs de l’industrie au quotidien.

Dans les pays comme l’Inde et le Bangladesh, le respect des droits les plus fondamentaux est souvent ignoré afin de maximiser la production et accroitre les profits. La santé, la sécurité et l’environnement ne représentent pas des enjeux importants aux yeux de certaines entreprises, car ils impliquent une augmentation des coûts et affectent la production diminuant ainsi leur profit. L’émission Enquête de Radio-Canada en collaboration avec la Fifth Estate de CBC a récemment mis en lumière les conditions de travail au Bangladesh qui ont pu être à l’origine de l’effondrement. On y révèle que les quatre millions de travailleurs dans l’industrie du textile au Bangladesh sont payés en moyenne 38 $ par mois ce qui représente 1,25 $ par jour, en comparaison à 80 $ au Cambodge et à 71 $ en Inde. Ils travaillent plus de dix heures par jour sept jours sur sept et ont de la difficulté à subvenir à leurs besoins essentiels. Les conditions sont souvent dangereuses et le climat de travail est tendu. Il arrive fréquemment qu’il se déclenche des feux dans ces usines alors que les mesures d’urgence y sont souvent déficientes tel que l’inaccessibilité des sorties de secours. On rapporte, selon le International labour rights forum, que depuis 2006, ces incendies auraient causé le décès de plus de 600 travailleurs alors que la majorité de ceux-ci auraient pu être prévenus par des mesures de sécurité de base. Afin d’avoir la capacité d’acquérir des nouvelles commandes, plusieurs de ces usines construisent et ajoutent des étages à leurs usines même lorsque cela ne leur est pas permis pour des raisons très évidentes de sécurité. De plus, certaines usines continuent leur production malgré la révocation de leur certification de sécurité. L’augmentation des commandes et une production à petit coût seraient en cause pour l’usage de ces pratiques douteuses.

Le travail des enfants est encore, selon l’émission Enquête, un problème très présent dans les usines de textiles. De jeunes enfants en bas âge sont embauchés pour travailler afin d’aider à leur tour leur famille à subvenir à leurs besoins. Ils travaillent durant les mêmes longues heures que les adultes et dans les mêmes conditions dangereuses.

L’industrie serait-elle le reflet de notre surconsommation de vêtements éphémères où même les travailleurs seraient aussi méprisables que notre chandail à 10 $?

Pour résoudre ces problèmes, des organismes comme l’Organisation internationale du travail luttent pour que les pays concernés adoptent des mesures afin de permettre aux travailleurs d’avoir un environnement sécuritaire. En partenariat avec le gouvernement du Bangladesh, ils ont annoncé récemment la création d’un nouveau programme appelé Better work afin d’améliorer les conditions des travailleurs. La priorité de cette initiative vise à minimiser les risques d’incendies et d’effondrements. Le programme vise également la réinsertion des victimes de l’effondrement et à promouvoir la santé et la sécurité au travail.

Les travailleurs décédés le 24 avril dernier sont les réelles victimes d’une industrie largement influencée par la mondialisation. Le choix final appartient aux consommateurs qui dictent avec chaque achat ce qu’ils veulent et ce qu’ils appuient.

«Fait au Bangladesh» Enquête- Radio Canada :

http://www.radio-canada.ca/emissions/enquete/2013-2014/Reportage.asp?idDoc=315731

Crédit photo: Amy Hétu

Author: Administrateur

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