Les éternelles victimes

Ignace Louis-Jean

ijean029@uottawa.ca

Amnistie Internationale UOttawa

Après le séisme du 12 janvier 2010, les projecteurs du monde étaient rivés sur Haïti. Depuis, d’autres évènements ont retenu l’attention  en d’autres points chauds de la planète. On serait ainsi tenté de croire qu’actuellement tout va pour le meilleur en Haïti puisque ce pays n’est plus au devant de la scène médiatique. Or, les récentes évictions des rescapés de leurs camps de fortune nous rappellent à la réalité.

Depuis juin 2010, plus de 60 000 familles ont été expulsées  des camps où elles s’abritaient après la catastrophe. Ces évictions se font au mépris des principes les plus élémentaires des droits de la personne.  D’une part, elles se sont produites, pour la plupart, durant la nuit et sans aucune forme de préavis. D’autre part, ce sont des opérations violentes menées par des hommes armés pour le compte de puissants propriétaires. Enfin, ces familles se retrouvent dans la rue du jour au lendemain sans aucune forme d’aide de leur gouvernement ou d’organisations humanitaires.

 En effet, au lendemain du séisme,  dans un élan de fraternité, certains propriétaires ont toléré l’établissement de camps de rescapés sur leurs terres. Depuis, les victimes attendent la main salvatrice, mais les jours se succèdent et se ressemblent. La communauté internationale, le gouvernement haïtien  et les ONG se révèlent incapables de les relocaliser. Alors, ce que l’on croyait être des abris provisoires commencent à prendre des allures de bidonvilles, d’où l’intervention musclée des propriétaires pour sauvegarder leurs terrains d’une situation de facto.

Il faut reconnaitre certains efforts de l’Organisation internationale de la migration (OIM)  de concert avec l’Etat haïtien ou d’autres organismes humanitaires. De nombreuses familles ont pu bénéficier d’une subvention au loyer pour quitter les camps.  Cependant, les risques  d’évictions restent énormes quand on sait que près de 75% des camps qui restent sont  établis sur des terrains privés. Selon le dernier rapport de l’OIM, la situation demeure alarmante. Seulement dans  la zone métropolitaine de Port-au-Prince, 15 000 familles vivent dans la hantise d’une expulsion imminente.

Les souffrances des haïtiens  nous interpelle toutes et tous. Ils ont fait preuve de résilience face aux traumatismes du séisme. Ils ont survécu aux épidémies dues à l’insalubrité de leurs conditions de vie infrahumaines.  Aujourd’hui, ils assistent, impuissants à  la destruction du  peu qui les lie à la vie, soit un abri précaire et des effets personnels glanés ça et là durant les trois dernières années.

Environ 45 000 ménages  (171 947 personnes) vivent actuellement  dans des camps de déplacés. Même avec toute la bonne volonté du monde, le gouvernement d’Haïti  ne peut améliorer le quotidien de ces gens puisque les moyens lui font défaut.  Il est donc urgent que les promesses qui ont été faites au peuple haïtien soient respectées.  Dire non aux évictions arbitraires dans les camps de déplacés en Haïti, c’est joindre nos voix au cri de ras le bol de ce peuple.  C’est exiger que leurs conditions de vie soient plus conformes à la dignité humaine.

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