La pornographie vindicative : vers une criminalisation?

Justine Gauthier
jgaut105@uottawa.ca

Au début octobre, la Californie devint le deuxième État américain, après le New Jersey, à adopter une loi punissant la pornographie vindicative, plus connue sous le terme anglophone «revenge porn». C’est une première victoire pour les innombrables victimes de ce phénomène, qui, suite à une séparation amoureuse difficile, sont trahies par leur ex rancunier, qui publie leurs photos intimes sur le web.

Les victimes, des nunuches qui auraient dû y penser avant de partager des photos osées? Pas vraiment. Holly Jacobs, une doctorante en psychologie industrielle, a fondé endrevengeporn.com suite à sa propre expérience, lorsque son ex a publié des photos d’elle nue sur Facebook et sur plusieurs sites pornographiques, accompagnées de son nom et coordonnées. Sa relation avec un conjoint qu’elle croyait digne de confiance s’était pourtant terminée de façon amicale. Dans une entrevue accordée au journal Metro, Holly avoue avoir été abasourdie par l’absence totale de recours possibles suite à la publication des photos qui ont ruinées sa réputation. La police l’informa que, puisque qu’elle avait plus de 18 ans, ce n’était techniquement pas un crime. Un recours au civil s’avérerait risqué et financièrement infructueux, son avocat lui dit-il.

L’histoire d’Holly n’est pas un cas isolé. Une étude conduite aux États-Unis en 2013 a révélé qu’une personne sur dix s’est déjà fait menacer par un ex de voir ses photos osées publiées sur la toile. Ce phénomène est très profitable pour les sites pornographiques, qui ne payent rien pour obtenir du matériel pornographique de la part d’exs assoiffés de vengeance.

Pourquoi n’est-ce pas déjà illégal? Le Code criminel, en ne protégeant que la pornographie juvénile, permet le matériel pornographique impliquant des adultes consentants. Mais comment est-ce qu’il peut y avoir consentement alors que la victime n’a jamais consenti à ce que ses photos soient partagées au public? Cette considération de l’aspect consensuel a réduit la loi californienne à une victoire plutôt mince pour les victimes, car elle n’interdit pas le partage des photos qui ont été prises par la victime elle-même, ce qui représente de 80 à 90% des photos intimes publiées.

Il n’y a présentement pas d’interdiction de la pornographie vindicative au Canada. Cependant, un rapport concernant la cyberintimidation et la distribution non consensuelle d’images intimes a récemment été soumis par le Groupe de travail sur la cybercriminalité, qui y recommande de créer une infraction criminelle visant la distribution non consensuelle d’images intimes. Espérons que cette nouvelle infraction verra le jour et qu’elle concernera toutes les photos, indépendamment de l’identité de la personne se trouvant derrière la caméra. En attendant cela et à défaut d’omettre cette distinction se trouvant dans la loi californienne, le seul recours pour les victimes qui voient exposées à la vue de tous les photos qu’elles ont prises reste de demander le retrait de la photo sous motif de violation de droit d’auteur. Malheureusement, nous savons bien qu’à cette ère technologique, une fois que quelque chose se retrouve sur le web, jamais elle ne disparaîtra.

Author: Administrateur

Share This Post On

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *