Lorsque l’amour de l’art surpasse les intérêts de l’entreprise.

Si je vous parle de l’affaire du marquis Campana, cela vous dit-il quelque chose… Non ? Bon, alors j’aurai peut-être plus de chance avec la collection Giampietro Campana ? Toujours pas ! Pas d’inquiétudes, vous n’avez pas oublié un arrêt qui a fait jurisprudence. Vous êtes simplement comme les huit millions de visiteurs qui foulent les salles du département des antiquités grecques, étrusques et romaines du Musée du Louvre et qui passent devant les œuvres d’art, sans se douter de leur histoire judiciaire. L’anecdote suivante va remédier à cette situation.

Tout a commencé en Italie dans les années 1800, lorsqu’un aristocrate, le marquis Giampietro Campana, prend la direction du Mont-de-Piété. Ce dernier est un organisme de prêt sur gage qui facilite le prêt d’argent pour les plus démunis depuis sa création en 1462. Comme son père et son grand-père avant lui, le marquis Campana dirigera l’institution financière et, en plus de sa charge, il héritera de ces derniers un goût pour la collection d’œuvres d’art. Des années 1830 à 1850, Campana effectue des achats frénétiques sur le marché des antiquités, mais également des sculptures et des peintures. Sa collection exceptionnelle par sa qualité et sa diversité renferme plus de quinze mille pièces.

C’est en 1857 que la collection Campana acquiert son histoire judiciaire. En effet, le marquis est accusé d’avoir détourné les fonds du Mont-de-Piété pour effectuer ses achats. La règle de droit à l’époque n’était pas si différente de ce qu’elle est aujourd’hui; l’administrateur d’une compagnie qui n’agit pas dans l’intérêt de la société ou fraude est tenu responsable personnellement et son patrimoine personnel va servir à indemniser le dommage causé. C’est ainsi que le marquis Campana voit sa collection saisie et vendue à l’Angleterre, la Russie et la France. Il est également condamné à l’exil pour une période de vingt ans.

Les quelque dix mille œuvres de la collection Campana acquises par la France sous le règne de Napoléon III sont depuis conservées au Musée du Louvre et constituent l’un des fonds les plus importants pour son département des antiquités. C’est donc pour rappeler les origines méconnues de ses œuvres que le Musée va organiser du 7 novembre 2018 au 11 février 2019, à Paris, l’exposition « Un rêve d’Italie. La collection du Marquis Campana » dans le hall Napoléon. Cette exposition ne regroupera pas uniquement les pièces conservées en France, mais également celles provenant de Russie et d’Angleterre, afin de reconstituer de manière éphémère la collection originale de Campana.

Le droit est partout, les étudiants futurs juristes s’en rendent compte dès leur première année sur les bancs de l’université. Pourtant, cela n’empêche pas de toujours s’en étonner lorsqu’on le rencontre à travers la déesse dite « Héra Campana », sur le palier de la victoire de Samothrace dans le département Denon au Louvre.

En espérant que vous avez passé un bel été et que vous avez fait une bonne rentrée,

Kelly Forestier

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