Les casques bleus : soldats de la paix ou perpétrateurs d’abus ?

 

Vichy Richard

vrich008@uottawa.ca

 

Ce n’est un secret pour personne, les abus sexuels ont toujours fait partie du paysage en temps de guerre. Cependant, il semble inimaginable de penser que les fameux casques bleus mandatés par l’ONU de maintenir la paix et la sécurité internationales puissent commettre de telles atrocités.

C’est pourtant le cas.

Une enquête réalisée et publiée par l’Associated Press en 2017 divulgue quelque 2 000 agressions sexuelles perpétrées par les casques bleus durant les douze dernières années dont 300 d’entre elles, perpétrées sur des enfants. De plus, la plupart de ces agresseurs restent impunis face à leurs crimes.

En effet, l’ONU n’a pas la compétence requise pour porter des accusations à l’encontre de ses agents. Par conséquent, la justice est entre les mains des États d’origine des perpétrateurs de crimes.

D’ailleurs, pour s’assurer que ces États respectent leurs obligations d’enquêter sur ces crimes et de punir ceux qui sont déclarés coupables, le Conseil de Sécurité a adopté le 11 mars 2016 la résolution 2272 prévoyant le renvoi de leurs troupes s’ils ne poursuivent pas les agents soupçonnés dans les six mois. Des mesures qui ont d’ailleurs été prises pour les troupes de la République du Congo. En effet, 600 soldats congolais ont ainsi été rapatriés par le secrétaire général Antonio Gueterres en août 2017.

Selon un rapport onusien, entre 2004 et 2007, au moins 134 Casques bleus sri-lankais auraient exploité neuf enfants au cours d’une mission en Haïti. Seulement 114 d’entre eux ont été renvoyés chez eux, mais aucune action n’a été entreprise contre eux.

Les casques bleus furent aussi à l’origine d’un scandale d’agressions en République centrafricaine en 2016. C’est d’ailleurs cet incident qui a motivé l’ONU à prendre les mesures pour changer ses politiques et contrer ce fléau telle que la résolution 2272.

Les histoires sont trop innombrables pour toutes les nommer, mais certains exemples sont révélateurs de la teneur de ces abus. En effet, les enquêteurs de l’ONU ont recueilli les témoignages de victimes ayant vendu leurs services sexuels pour moins d’un seul dollar américain ou pour un minimum de nourriture pour assurer leur survie.

Cette problématique est si peu documentée et médiatisée qu’il est presque impossible de dresser un bilan actuel de la situation. Cependant, il est facile de présumer que la plupart d’entre eux, même s’ils sont renvoyés chez eux, ne seront jamais punis pour leurs actes.

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