Donald Trump: parlez-en en bien, parlez-en en mal…

CHRONIQUE POLITIQUE

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Anthony Delisle adeli013@uottawa.ca

Plus de six mois se sont écoulés depuis l’annonce par Donald J. Trump qu’il se porterait candidat à l’investiture républicaine dans l’objectif ultime de succéder à Barack Obama au poste de Président des États-Unis. Six mois de frasques. Six mois de controverses. Six mois d’insultes gratuites. Et pourtant, contre toute attente, le « phénomène » Trump domine largement les sondages chez les militants républicains alors qu’il obtient environ 15% de plus que Ted Cruz, son plus proche rival, au niveau national. Depuis le début de sa campagne et de façon exponentielle lors de ses déclarations-chocs, l’attention médiatique est braquée sur le milliardaire américain. L’équation est on ne peut plus simple : lorsque Donald Trump se trouve empêtré dans une controverse, il grimpe dans les intentions de vote. Décidément!

Des propositions controversées

Donald Trump semble employer une technique simple mais efficace : répéter ad nauseam des phrases courtes et concises exacerbant les frustrations de nombreux citoyens américains sur des sujets aussi variés que l’immigration, le libre-échange et la situation engendrée par la présence du groupe armé État Islamique. Il prône qu’il est incorruptible, qu’il n’a pas de comptes à rendre dû à sa grande richesse et qu’il est le seul qui peut redorer le blason des États-Unis.

Les moyens qu’il compte mettre en place pour y parvenir suscitent toutefois de vives réactions. Pour enrayer l’immigration illégale en provenance du sud, il propose de faire construire un mur le long de la frontière mexicaine… que le Mexique devrait payer! Trump avait notamment déclaré en lien avec cette suggestion que le Mexique ne leur envoyait « que de la drogue, des violeurs et des criminels ». De plus, l’homme d’affaires a mentionné vouloir établir une liste de surveillance des réfugiés syriens qui pourraient être accueillis au pays.

Loin de faire l’unanimité

Bien qu’il attire des foules phénoménales lors de ses rassemblements partisans, le milliardaire demeure très polarisant. Donald Trump a su s’attirer des critiques autant de son propre parti, qui a souvent voulu se dissocier de ses propos, que de ses adversaires démocrates. Sa suggestion d’interrompre l’immigration musulmane en raison d’une présumée haine de cette population envers les États-Unis a provoqué un véritable tollé, emmenant même le candidat républicain Jeb Bush, fils et frère des ex-présidents Bush, à qualifier Donald Trump de « déséquilibré ».

            Malheureusement, ses commentaires acerbes, ses attaques personnelles et ses propositions parfois irréalistes détournent les débats et empêchent les autres candidats de s’exprimer sérieusement sur les enjeux, car ceux-ci se voient obligés de commenter les déclarations de Donald Trump plutôt que de pouvoir exposer valablement leur programme et leurs suggestions. Le cirque médiatique créé par l’homme d’affaires relègue au second plan des propositions qui vaudraient la peine d’être entendues.

Un rejet de la classe politique

Le cas de Donald Trump illustre parfaitement une tendance qui se dessine de plus en plus : les citoyens sont désabusés par la classe politique traditionnelle. En effet, le statut d’ « outsider » de l’homme d’affaires est clairement un atout qu’il exploite à fond et qui, manifestement, plaît à l’électorat républicain. La fascination est manifestement à l’honneur dans le clan républicain puisque d’autres candidats attirent également de nombreux regards : Ted Cruz, un latino-américain issu du monde juridique et Ben Carson, un neurochirurgien réputé au parcours de vie rocambolesque et, également, rare candidat républicain d’origine afro-américaine.

Fév - Anthony - Chronique politique

Source : Reuthers

Inversement, les politiciens de carrière ne réussissent pas à se démarquer. Hillary Clinton, malgré son avance en tête des sondages démocrates, déçoit grandement. Néanmoins, la déception n’est certainement pas aussi vive que celle ressentie par le successeur de la lignée des Bush, Jeb Bush, qui s’est littéralement écrasé et qui peine à dépasser les 3% dans les intentions de vote. Cette déconfiture totale est en partie liée aux attaques personnelles répétées de Donald Trump sur le manque d’énergie et d’aplomb de Jeb Bush, qui ne serait pas assez « tough » pour la présidence américaine.

Il n’en demeure pas moins que, malgré son succès étonnant, les chances (ou risques) de voir Donald Trump devenir président sont nulles, voire inexistantes, car ses appuis atteindront nécessairement un plafond impossible à repousser en raison de sa personnalité polarisante et de ses propositions très tranchées. Ainsi, une victoire de l’homme d’affaires aux primaires républicaines équivaudrait ni plus ni moins à un laissez-passer pour son adversaire démocrate aux portes de la Maison-Blanche. Une situation que les élites du Parti républicain voudraient certainement éviter!

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