Entrevue avec la professeur Pascale Fournier, l’une des 25 avocat(e)s les plus influent(e)s du pays

SECTION VEDETTE

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Justin Munyaneza Jmuny043@uottawa.ca

Ce mois-ci, on vous présente Pascale Fournier, professeure titulaire, détentrice de la Chaire de recherche sur le pluralisme juridique et le droit comparé (Section de droit civil) et Commissaire à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse à Montréal. La professeure Fournier détient plusieurs diplômes universitaires dont un baccalauréat en droit de l’Université Laval (LL.B, 1997), une maîtrise en droit de l’Université de Toronto (LL.M., 2000), un Certificat en droit américain de l’université de Californie (2001) et un doctorat en droit de l’Université Harvard (S.J.D., 2007) et ses antécédents professionnels comprennent une vaste expérience.

VOLET ACADÉMIQUE

Vous avez complété votre baccalauréat en droit de l’Université Laval en 2 ans, comment avez-vous réussi à le compléter en seulement 2 ans?

-Durant mon baccalauréat, j’ai participé au programme d’échange Jeunesse Canada Monde lors duquel j’ai passé 4 mois à Moncton, au Nouveau-Brunswick, et 4 mois à Ismaïlia, en Égypte. C’est grâce à ce programme que j’ai développé ma passion pour la justice sociale. Donc, pour être en mesure de graduer avec ma cohorte, j’ai dû suivre de nombreux cours par session, incluant des cours l’été! Je dormais peu…

Les défis confrontés durant vos 2 ans de baccalauréat?

-L’organisation et l’efficacité.

Vos recherches et enseignements portent sur les droits de la personne, l’Islam, le Judaïsme, le droit des enfants, le droit criminel, la diversité culturelle et le droit comparé de la famille. Sur le plan juridique, pensez-vous que la globalisation est un catalyseur pour l’avancement des droits de l’homme / droits des enfants spécialement pour les pays en voie de développement?

-En Occident, la globalisation nous enrichit, car elle nous permet d’avoir un nombre régulier de contacts avec des individus de différentes cultures, ce qui rend le dialogue social riche et parfois infiniment complexe. Par contre, la globalisation peut poser des menaces réelles pour les pays en voie de développement en raison de l’exode des cerveaux, qui est le flux migratoire des intellectuels et professionnels qui s’installent à l’étranger pour trouver de meilleures conditions de vie et ne participent plus aussi directement au changement social dans leur pays d’origine. Une manière de contrer cette injustice est de mettre sur pied des stages à l’étranger et d’encourager la participation de nos étudiants à l’échelle planétaire. Plus les individus sont exposés jeunes aux problématiques de pauvreté et d’injustice, plus ils seront socialement actifs pour renverser cette tendance d’appauvrissement du Sud. Il ne faut pas oublier que nous avons aussi de grandes crises sociales chez certains groupes de la société canadienne, notamment les autochtones.

Quelques conseils pour les étudiants qui envisagent de poursuivre leurs études supérieures?

  • -Ne jamais abandonner
  • -Voir plus haut que soi et aspirer à toujours devenir un meilleur chercheur, curieux et soucieux de son environnement
  • -Avoir de la gratitude

Vous avez obtenu votre Doctorat en droit à la Harvard Law School, l’une des facultés de droit les plus renommées mondialement. Quelle était votre expérience comme étudiante à Harvard?

-C’est une expérience indescriptible! C’est le foyer de l’excellence, du dépassement de soi, de la rencontre d’étudiants provenant des quatre coins du monde. J’ai appris à travailler, à persévérer, à ne jamais me satisfaire et à aller au bout de mes rêves.

C’était comment être sous la tutelle des professeurs renommés Janet Halley et Duncan Kennedy à Harvard?

-Ce sont deux professeurs absolument sublimes. La première, une grande théoricienne qui sait habilement jouer avec les mots et les idées pour faire avancer le savoir; le deuxième, un activiste de premier plan qui a su interpréter le droit à travers la loupe des relations sociales et mobiliser des générations d’étudiants pour atteindre une plus grande justice et égalité! J’ai eu beaucoup de chance de travailler à leurs côtés pendant toutes ces années et d’apprendre à développer ma voix. Ils ont été des mentors forts, présents et généreux. Je suis fière de dire qu’ils sont aujourd’hui deux amis qui me sont chers.

VOLET PROFESSIONEL

Quel est votre rôle en tant que commissaire de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ)?

-En tant que commissaires de la CDPDJ, nous avons un double rôle. Notre premier mandat est de commenter les projets de loi québécois en faisant état de leur conformité à la Charte des droits et libertés de la personne. Notre deuxième mandat, de nature quasi-judiciaire, est de décider si une plainte devant la Commission devrait mener à un recours devant le Tribunal des droits de la personne. Les commissaires sont nommés par l’Assemblée nationale, sur proposition du premier ministre et par vote du deux tiers des députés. En étant commissaires à la CDPDJ, nous avons un devoir de réserve… je n’accorde donc plus d’entrevues aux médias!

Vous avez été témoin expert dans plusieurs procès, plus particulièrement devant la Cour Supérieure du Québec (Chambre de la famille) mais aussi dans certaines villes américaines, dans les domaines du droit de la famille, du droit international privé, du droit constitutionnel et en matière de droit religieux. Qu’est-ce qui prend le plus de temps, la préparation du rapport d’expert ou les heures que vous passez en Cour?

-Tout dépend de la complexité du dossier. Un procès peut être très long. Mais en règle générale, la production du rapport d’expert est plus coûteuse en termes de temps, surtout lorsqu’il est nécessaire de traduire de nombreux documents juridiques.

Certains auteurs et professeurs disent qu’être un témoin expert peut être une expérience éprouvante ; « it’s like an oral defence of a PhD thesis against hostile enemies » ; quelles sont vos pensées à cette déclaration?

-Lorsque l’on connait bien son droit et son objet d’expertise, l’ennemi est rapidement déjoué!

 

Déc - Justin - Section vedette - Pascale FournierVOLET PERSONNEL

Vous avez un cheminement de carrière digne de mention; comment trouver un équilibre (conciliation) entre le travail-vie-famille?

-J’ai beaucoup de chance : j’ai un surplus d’énergie! Je suis autant passionnée par ma carrière que par ma vie de famille et je conçois ces deux sphères de mon existence comme une seule. J’aime être une citoyenne engagée et j’éduque mes enfants à le devenir. Mon mari et moi intégrons donc les garçons dans cet apprentissage de la vie citoyenne. Ils participent depuis leur tout jeune âge à des manifestations, sont des assidus de la Bibliothèque municipale et des musées et ils ont même réalisé une levée de fonds de 775$ cette année pour la Fondation Sainte-Justine en rejoignant son Club des jeunes philanthropes. Pendant 2 mois, ils ont cueilli des pommes biologiques au verger Barry et ont préparé eux-mêmes de délicieuses tartes aux pommes, qu’ils ont vendues à leurs amis et que nous nous sommes chargés de livrer en personne, en famille! C’était pour nous une façon de leur enseigner qu’il faut beaucoup de patience pour préparer des tartes aux pommes, que la persévérance est une valeur fondamentale et qu’il faut s’entraider les uns les autres en cas de maladie : nous ne sommes jamais seuls, ni dans le bonheur ni dans le malheur. J’ai aussi la chance inouïe d’amener régulièrement mes enfants avec moi lors de mes voyages. Je leur dis que « maman adore son travail » et je leur montre concrètement pourquoi en leur faisant visiter des lieux de recherche ou des villes où je donne des conférences. C’est une façon pour moi de les encourager à trouver un jour le travail qui corresponde le mieux à leurs aspirations. Autre chance : je suis mariée à un homme exceptionnel qui m’a toujours encouragée à poursuivre mes rêves. C’est aussi un papa extraordinaire que les garçons adorent. Lorsque je suis absente, j’ai donc l’esprit tranquille et je sais que mes enfants se retrouvent entre des mains en or! Dernière chance précieuse : ma mère est très présente dans notre vie et elle cuisine les meilleurs plats au monde! Sans elle, je n’aurais pu tout concilier.

La personne ou les personnes qui vous ont le plus influencée?

 -Ma mère et ma grand-mère maternelle.

Ce que vous seriez si vous n’étiez pas avocate ou professeure titulaire?

 -Écrivaine.

Ce qui vous reste d’essentiel à accomplir?

-Servir la justice.

Une cause qui vous tient à cœur?

         -La protection des personnes vulnérables.

Combien de pays (à peu près) avez-vous visités?

-J’ai passé les premières années de ma vie à Abidjan, en Côte d’Ivoire. J’ai la conviction que ce tremplin a façonné ma vision du monde et alimenté mon obsession pour les voyages et les séjours à l’étranger! Ma sœur travaille pour le Haut-Commissariat des réfugiés de l’ONU et elle voyage d’un pays à l’autre depuis l’âge de 25 ans. C’est donc dans les gènes de la famille, l’aventure planétaire! J’ai visité environ 25 pays, en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique centrale, en Amérique du Sud et en Europe. Je ne connais pas encore l’Asie.

Le plus beau cadeau que vous a fait la vie?

-Les 4 amours de ma vie : mon mari Xavier et mes trois petits bonshommes, Charles, Pierre et Henry.

Ce qui vous comble de bonheur?

         -Contribuer au rayonnement et à l’épanouissement de mon entourage.

Un don extraordinaire que vous aimeriez posséder?

-L’organisation matérielle!

Cinq choses que vous aimeriez apporter si vous deviez vous rendre seule sur une île déserte :

  1. Le Petit Prince de St-Exupéry ;
  2. Mon appareil photo, que j’utiliserais à la fois pour prendre des photos et pour regarder celles de mes enfants et de mon mari, des membres de ma famille, de mes voyages ;
  3. Un cahier vierge et quelques crayons pour écrire de courtes nouvelles ;
  4. Une bouteille d’eau ;
  5. Une trousse de premiers soins.

Le genre d’enfant que vous étiez?

-Curieuse et hyperactive!

Quelques souhaits des fêtes?

-Du repos, des romans, du ski, des tourtières, un bonhomme de neige avec carotte sur le nez, un feu en famille avec chansons et une bûche de Noël au chocolat!

Author: Administrateur

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