La crise syrienne : la source du problème

CHRONIQUE ENGAGÉE

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Paolo Tana-Chirico ptana063@uottawa.ca

Elle restera à jamais gravée dans nos mémoires. Cette image du jeune Aylan échoué sur la plage est rapidement devenue le symbole d’une crise humanitaire affectant plusieurs millions de syriens, en Syrie comme à l’extérieur. En juillet 2015, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés rapporte que le nombre de réfugiés s’élevait à quelque quatre millions.

À l’aube des élections fédérales, ce fut la parfaite occasion pour les chefs de partis politiques de faire valoir leur opinions sur le sujet. M. Mulcair promet l’accueil de 10 000 réfugiés d’ici la fin de l’année, tandis que M. Trudeau élève ce chiffre à 25 000. La position de M. Harper est un peu moins simpliste en nous disant que son approche en serait une trois volets, soit l’accueil de réfugiés, la mise en place du support humanitaire sur le terrain ainsi que de fournir du support militaire « pour combattre l’État islamique en Syrie et en Iraq ».

C’est sur cette dernière position que je voudrais mettre une emphase particulière. Bien que je respecte, et même encourage, le désir de vouloir accueillir des Syriens en besoin au Canada, je ne suis pas d’avis que cela constituerait une adresse à la source du problème. Il n’est pas difficile de constater que la solution proposée par les chefs du Nouveau Parti démocratique et du Parti libéral n’est qu’une simple attaque à une certaine inaction, du moins telle que perçue par l’opinion publique, du Parti conservateur. Nous ferions certainement une différence dans les vies de ceux qui arrivent à obtenir le statut de réfugié, ici ou ailleurs. Mais qu’en est-il de ceux qui n’ont pu fuir? Il me semble que d’aller à la source du problème serait une meilleure solution.

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Photo : Défense civil syrienne / AP

M. Harper nous parle donc de support militaire pour combattre ce fameux État islamique. Je tiens cependant à vous rappeler que le conflit syrien a commencé en 2011, alors que les forces armées du régime Assad ont répondu par des interventions violentes à des protestations qui prenaient places un peu partout au pays. Nous sommes aujourd’hui en présence d’une guerre sectaire entre le gouvernement en place et quelques groupe rebelles, dont l’ÉI, contrôlant chacun une certaine partie du territoire. La question se pose nécessairement : contre qui irions-nous nous battre? Aux dernières élections syriennes, le président al-Assad a obtenu presque 89% des voix. Certains qualifient par contre l’exercice de «gros zéro», pour reprendre les mots du sénateur John Kerry. Après tout, les interventions violentes envers la population civile ont d’abord émané de son régime.

La guerre en Iraq nous a clairement démontré à quel point il est difficile de se rendre dans un pays pour y instaurer un régime démocratique digne de ce nom. S’imposent nécessairement des problèmes de souveraineté étatique. Peuvent-ils cependant être invoqués quand la souveraineté elle-même, du moins celle de facto, ne peut clairement être établie?

L’ampleur du conflit syrien étant si énorme, il est difficile de ne pas se poser la question à savoir pourquoi une intervention armée de la part des pays occidentaux n’a pas déjà eu lieu. Après tout, seul un doute sur la possession d’armes de destruction massive a suffi pour mettre en place une coalition contre le régime Hussein en Iraq. Laissez-moi le soin de vous suggérer une réponse. La réalité était que l’industrie du pétrole en Iraq était étatisée. La tombée du gouvernement de Saddam Hussein aurait laissé la porte grande ouverte aux compagnies pétrolières de l’ouest. Vous l’aurez deviné, depuis, les ExxonMobil, BP, Shell et Chevron de ce monde ont tous trouvé un nouveau domicile en Iraq. Pour ce qui est de la Syrie, elle possède aussi des réserves de pétrole, celles-ci étant principalement situées à l’est du pays, région qui est en grande majorité occupée par (roulement de tambour…) l’État islamique. Le seul problème est que la production de pétrole, elle aussi exploitée par une société étatique (Sytrol), est en déclin constant depuis 1995, passant de 610 000 barils par jour à 385 000 en 2010. British Petroleum estime même que le pays sera un importateur net de pétrole dans la prochaine décennie.

La situation syrienne contient donc plusieurs facettes, soit celles humanitaire, politique et surtout économique. Il ne reste qu’à voir si la carotte au bout du bâton sera assez grosse pour justifier une intervention des pays occidentaux et la mise en place d’une solution adéquate durable.

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Photo : Jean-Baptiste Lacombe, Oxfam Québec

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