Vivre mon rêve

CHRONIQUE EN DROIT DU SPORT

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Olivier Boileau     boileau.oli@gmail.com

Mon rêve, que je caressais quand j’étais petit et que presque tous les enfants ont un jour caressé, était de devenir le nouveau… Vladimir Guerrero (insérez ici l’athlète de votre choix). Pour les néophytes du baseball, Vlad était un voltigeur évoluant pour les défunts Expos. Il y a au moins une ou deux de ses balles qui sont en orbite autour de la terre.

Sauf que, par la force des choses, je me suis rapidement rendu compte que j’avais autant de chances de jouer un jour dans la « Major League of Baseball » (« MLB ») que de trouver une poule avec des dents. Donc à 10 ans, j’ai accroché mes crampons. Et, comme tous ceux qui vont lire cet article ou presque, je vis présentement l’excitation et le stress d’une nouvelle rentrée scolaire en droit à l’université d’Ottawa.

Choisir le droit, c’est sélectionner l’un des meilleurs programmes qu’un étudiant passionné de sports puisse choisir, mais qui a autant de talents qu’il y a de vrais jus d’orange dans le Fanta à l’orange. En effet, les avocats prennent beaucoup de place dans l’industrie sportive. L’explosion exponentielle de la valeur des ligues, des équipes et des contrats des joueurs a énormément complexifié les besoins de chacun. Par le fait même, ça a augmenté l’importance de la protection des intérêts de tous.

La réalité actuelle est que 3 des 4 plus grandes ligues sportives professionnelles en Amérique du Nord, soit la National Basketball Association (NBA), la MLB et la Ligue Nationale de Hockey (LNH) sont aujourd’hui dirigées par des gens ayant une formation juridique. Adam Silver (NBA), Rob Manfred (MLB) et Gary Bettman (LNH) sont en effet tous des avocats. Et jusqu’en 2006, la plus puissante organisation sportive dans le monde, la NFL, était dirigée par Paul Tagliabue, lui aussi avocat.

Pourquoi une proportion aussi grande? La réponse simple est que dans le sport, la victoire fait foi de tout, vaincre ou périr. Pour une équipe professionnelle, exception faite de Toronto qui ne gagne jamais, gagner c’est assurer sa santé financière à long terme. Il ne faut donc pas se surprendre que les équipes et leurs dirigeants cherchent par tous les moyens possibles d’étirer l’élastique des règlements. Lorsqu’une nouvelle convention collective est ratifiée entre les joueurs et les ligues professionnelles, le premier rôle des avocats-conseils d’une équipe sera de trouver comment exploiter au mieux les dispositions contractuelles et salariales des joueurs.

Dans la LNH, par exemple, avant le lock-out de 2012-2013, ce sont les conseillers juridiques des équipes, qui lors de l’apparition du plafond salarial, ont découvert que, bien que restreint sur la valeur d’un contrat sur une courte période, il n’existait pas de règle interdisant aux équipes de faire signer à des joueurs des contrats étalés sur des périodes de temps très longues. La technique diminuait la valeur annuelle du joueur et a permis à des équipes de devenir compétitives dans l’immédiat. L’exemple parfait est sans doute le contrat de Duncan Keith, défenseur étoile des Blackhawks de Chicago avec un impact moyen de 5.4 millions par année. On sait ce que les Hawks font depuis…

Ajoutons que les joueurs, les équipes et les structures entourant le sport professionnel ont besoin de protections légales comme n’importe quel marché. Or, en plus dans le sport, les employés (les joueurs) peuvent parfois valoir individuellement autant sinon plus que le logo qu’ils portent sur leur maillot. Les joueurs sont devenus aujourd’hui de véritables marques de commerce dont les intérêts ne seront peut-être pas toujours en parfait alignement avec ceux des organisations qu’ils représentent.

Cette réponse reste malgré tout loin d’être exhaustive. J’aurais plus besoin d’un texte d’une longueur de dissidence de la Cour Suprême que de 700 mots pour expliquer toutes les subtilités à la présence importante des avocats dans le sport, leurs influences ne sont plus à démontrer. Adam Silver et Rob Manfred sont considérés par le prestigieux magazine Forbes comme faisant partie des 7 hommes les plus influents dans le sport nord-américain et Gary Bettmann, grâce au faramineux contrat de télévision d’une valeur de 5.2 milliards de dollars conclu avec Rogers l’an dernier, a, sans mauvais jeux de mots, fait passer la LNH dans les ligues majeures.

Pratiquer le droit sportif n’est pas jouer un match de baseball au stade olympique. Il reste cependant qu’être un acteur de l’industrie et influencer le développement du sport, ce n’est pas si loin non plus.

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Photo : Richards Drew, Associated Press

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