Allons-nous laisser faire une quatrième année de chaos en Syrie?

Sandrine Bourgon  

sandrinebourgon@hotmail.com

Le 15 mars dernier a marqué 3 ans de guerre civile en Syrie.  Alors qu’une quatrième année de violences inconcevables semble maintenant inévitable, sans oublier les 150 000 pertes de vies humaines jusqu’à maintenant, le Président au pouvoir Bachar Al-Assad semble se diriger vers la tenue d’élections dans un avenir rapproché. Le président sortant espère renouveler son mandat après 14 ans au pouvoir.   Au même moment, L’ONU rend le rapport de sa commission d’enquête, pointant du doigt l’inaction de la communauté internationale.

Rappelons que le conflit en Syrie a débuté par des manifestations pacifiques antirégime le 15 mars 2011, qui ont vite dégénérés en révolte populaire, puis malheureusement en guerre civile. Cette guerre opposait principalement deux parties, d’un côté le gouvernement Syrien et de l’autre une coalition rebelle appelée «Armée Syrienne Libre» (ASL). La situation s’étant toutefois complexifiée au fil du temps, on retrouve maintenant des centaines de groupes armés non étatiques en Syrie, certains étant même affiliés à Al-Qaïda.

Aujourd’hui, alors que ces groupes rebelles qui ne sont pas unis perdent de la force, Assad et ses troupes gagnent du terrain alors qu’ils ont récemment repris le contrôle de plusieurs villes importantes, dont entre autres la cité de Yabroud le 16 mars dernier. N’hésitant pas à ouvrir le feu sur les foules de civils démunis, sans parler des  bombardements massifs et l’emploi d’armes chimiques au court des dernières années, le gouvernement Syrien enchaine les crimes contre l’humanité, sous le regard impuissant du Conseil de sécurité qui n’arrive pas à s’entendre sur la stratégie à adopter pour mettre un terme à la crise. Malheureusement, tant l’ASL que les autres groupes rebelles commettent aussi des violations graves du droit humanitaire.

Bien que certains membres permanents du Conseil de sécurité -tels que les États-Unis et la France – sont en faveur d’une intervention militaire en Syrie, d’autres s’y opposent. En effet, la Russie, proche de la Syrie sur le plan politique, refuse toute intervention militaire.  Le Conseil de sécurité étant bloqué par les stratégies géopolitiques divergentes de ses membres permanents, il semble que seul un accord de paix entre le gouvernement de Bachar Al-Assad et l’opposition civile puisse mettre un terme au conflit. Pourtant, tout indique qu’un tel accord n’est pas prêt de se produire et la guerre en Syrie risque de durer de nombreuses années encore à moins que la communauté internationale ne se décide à intervenir.  Ceci est d’autant plus vrai si le Président réussit à rester au pouvoir lors des prochaines élections imminentes; ce qui ne serait pas surprenant étant donné la loi récemment adoptée par le parlement Syrien qui diminue significativement de façon indirecte toute chance pour l’opposition d’être élue.

La situation rappelle ce qui s’est passé en Bosnie Herzégovine dans les années 1990. À cette époque, c’est également la Russie qui s’était opposée à l’envoi d’une force militaire interventionniste. La solution finalement approuvée par les membres du Conseil de sécurité à ce moment-là fut l’envoi d’une force de maintien de la paix, ainsi que la création d’un tribunal pénal international ad hoc (TPIY). Bien que 20 ans plus tard plusieurs sont d’avis que la création du TPIY ne fut pas un succès à part entière, il est clair que ce tribunal a grandement contribué à mettre fin au conflit et à la crise humanitaire qui perdurait.

S’agissant de la Syrie, étant donné qu’aucun tribunal pénal international n’a présentement compétence pour juger les crimes qui y sont commis, et considérant que le Conseil de sécurité n’est pas en mesure d’approuver  une intervention militaire, on peut penser que la création d’un tribunal pénal ad hoc pour la Syrie pourrait être une porte de sortie à ce conflit dont on ne voit pas la fin.

En attendant, jusqu’à ce qu’un tel tribunal ne soit créé ou qu’une autre mesure ne soit prise, le peuple syrien meurt de faim dans une crise humanitaire marquée par la torture, les meurtres d’enfants et les crimes contre l’humanité commis de part et d’autre par toutes les parties. La communauté internationale se doit d’agir.

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